Quels enjeux autour de la biodiversité pour les acteurs privés et publics ?

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Alors que l’IPBES¹ (équivalent du GIEC pour la biodiversité) vient de sortir deux rapports en amont de la COP 15 sur la biodiversité, sur l’utilisation durable des espèces sauvages et sur les diverses valeurs de la nature, le sujet de la biodiversité est aussi d’actualité que complexe pour le grand public. Jeanne Barreyre, Consultante chercheuse en solutions fondées sur la nature, fait le point sur ces enjeux et leurs implications pour les entreprises et les collectivités. 

 

Qu’entend-on exactement par « biodiversité » ?  

Bien que le sujet de la biodiversité aborde une grande quantité de notions, il existe tout de même une définition communément admise. La Convention pour la diversité biologique (CDB) qualifie la biodiversité comme : « la variabilité des organismes vivants de toute origine, y compris, entre autres, les écosystèmes terrestres, marins et aquatiques, et les complexes écologiques dont ils font partie ; cela comprend la diversité au sein des espèces, ainsi qu’entre les espèces et les écosystèmes ».  

Biodiversité définition
Figure 1. Schéma représentant la définition de la biodiversité (EcoAct)

 

L’urgence : entre déclin de la biodiversité et dépendances à ses services

Le déclin. Le rapport d’évaluation global de 2019 de l’IPBES estimait que 75 % de l’environnement terrestre et 40 % de l’environnement marin présentent des « signes importants de dégradation ». Résultats : entre 25 % des espèces appartenant aux groupes d’animaux et de végétaux évaluées sont menacées à l’heure actuelle, soit environ 1 million d’espèces menacées d’extinction. Et ces chiffres ne font qu’augmenter.

Risque d'extinction biodiversité
Figure 2. Risque d’extinction actuel au niveau mondial dans différents groupes d’espèces (IPBES, 2019)

La responsable : l’activité humaine. Pour comprendre l’origine du déclin, l’IPBES a identifié cinq grandes pressions d’origine humaine qui y contribuent : le changement d’utilisation des terres et des mers (déforestation, dégradation des fonds marins, etc.), l’exploitation directe des organismes (surpêche), le dérèglement climatique, les pollutions (néonicotinoïdes), et enfin les espèces invasives. Rangés par impact décroissant, ni le dérèglement climatique ni la pollution ne représentent, à l’heure actuelle, les facteurs principaux de l’effondrement de la biodiversité. Car, à l’échelle planétaire, ce sont bien la destruction des habitats et l’exploitation des espèces et écosystèmes qui prennent la tête des facteurs provoquant le recul de la biodiversité.

Déclin nature
Figure 3. Exemples de déclins observés dans la nature au niveau mondial, soulignant le recul de la biodiversité provoqué par des facteurs de changement directs et indirects (IPBES, 2019)

Les dépendances. La nature offre une grande diversité de services écosystémiques qui rendent possible la vie humaine en fournissant des aliments et de l’eau, en régulant les maladies et le climat, en contribuant à la pollinisation et à la formation des sols, ainsi qu’en procurant des avantages récréatifs, culturels et spirituels.

Comme le rappelle l’IPBES dans son dernier rapport sur l’utilisation durable des espèces sauvages, l’humanité utilise plus de 50 000 espèces sauvages pour se nourrir, se chauffer ou se soigner. Pourtant, les scientifiques auteurs du rapport estiment qu’à peine 34 % d’entre elles sont exploitées de façon durable. Ce rapport souligne qu’une personne sur cinq dépend des espèces sauvages pour se nourrir ou en tire directement des revenus.

Ces chiffres démontrent la forte dépendance des activités humaines aux services écosystémiques ; services qui ne cessent de se dégrader sous l’impact des pressions humaines. Et la boucle est bouclée !

Lien biodiversité et activités économiques
Figure 4. Liens entre la contribution aux pressions sur la nature et la dépendance des activités économiques aux services écosystémiques (EcoAct)

D’après le modèle conceptuel des limites planétaires, les trajectoires actuelles ne permettent pas d’atteindre les objectifs de conservation et d’exploitation durable de la nature. Aujourd’hui, six des neuf limites ont été franchies, dont celle sur l’intégrité de la biodiversité. Ainsi, les objectifs pour 2030 et au-delà, qui seront négociés lors de la COP 15 en fin d’année, ne pourront être réalisés que par des changements en profondeur sur les plans économique, social, politique et technologique. Ces négociations tant attendues s’annoncent donc compliquées au regard de la complexité même des enjeux de la biodiversité et du retard déjà pris.

 

La complémentarité avec le climat

Il existe des complémentarités fortes entre les enjeux liés au climat et à la biodiversité (voir ce billet de blog EcoAct décryptant le rapport combiné du GIEC et de l’IPBES).  le changement climatique, classé troisième des pressions affectant la biodiversité (Figure 3.), a des effets non négligeables au travers notamment des conséquences physiques telles que les sécheresses, la montée des eaux, les inondations, les vagues de chaleur, etc.

Cependant, la biodiversité influence également le climat, notamment en étant un des leviers de la lutte contre le dérèglement climatique via sa capacité à stocker et à séquestrer le carbone. Ainsi, s’engager dans l’action climatique et la préservation de la biodiversité a un double bénéfice : sur l’atténuation, en favorisant les puits carbone naturels comme pompe à carbone, et sur l’adaptation, en utilisant les fonctions du vivant pour renforcer la résilience de nos territoires aux changements climatiques. Ces solutions, aussi appelées solutions fondées sur la nature (SfN), permettent ainsi non seulement de limiter le réchauffement climatique en contribuant à l’objectif zéro émission nette mais également d’augmenter la résilience des territoires, en favorisant la conservation et la protection de la biodiversité.

 

Comment prendre en considération les enjeux ?

Malgré l’absence de standard en termes d’outils et de méthodes, du fait de la complexité du sujet, il est clair que les acteurs privés et publics ont un rôle à jouer. Ils doivent réduire leurs impacts sur la nature et diminuer leurs dépendances aux services écosystémiques, notamment les services les plus susceptibles d’être dégradés dans le temps.

De la même manière que pour le climat, au-delà de cette urgente atténuation, il est important de réfléchir aux moyens de s’adapter et d’anticiper les risques liés à l’érosion de la biodiversité. A cet effet, émergent des initiatives et des cadres permettant de guider les acteurs tant privés que publics pour considérer l’enjeu biodiversité au sein de leurs activités. Ces initiatives sont pour la majorité fondées sur les cadres de référence sur le climat. S’appuyant sur les travaux de l’initiative Science Based Targets (SBTi) relative au changement climatique, le SBTN (Science Based Targets Network) a développé un guide étape par étape pour la mise en place d’objectifs scientifiquement fondés en faveur de la nature. Inspirée de la TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures), la TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures) est une initiative mondiale dont la mission est de développer et de fournir un cadre pour gérer et rendre compte des risques liés à la nature afin d’agir sur leur évolution.

Il est donc d’ores et déjà possible pour tous les acteurs de poursuivre leurs efforts d’atténuation climatique en diminuant leurs contributions aux autres pressions sur la biodiversité !

 

 

¹  Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques 

 

Sources :

Finance4Tomorrow (2022) : Finance & biodiversité : l’écosystème français

IPBES (2019): Summary for policymakers of the global assessment report on biodiversity and ecosystem services of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services. S. Díaz, J. Settele, E. S. Brondízio E.S., H. T. Ngo, M. Guèze, J. Agard, A. Arneth, P. Balvanera, K. A. Brauman, S. H. M. Butchart, K. M. A. Chan, L. A. Garibaldi, K. Ichii, J. Liu, S. M. Subramanian, G. F. Midgley, P. Miloslavich, Z. Molnár, D. Obura, A. Pfaff, S. Polasky, A. Purvis, J. Razzaque, B. Reyers, R. Roy Chowdhury, Y. J. Shin, I. J. Visseren-Hamakers, K. J. Willis, and C. N. Zayas (eds.). IPBES secretariat, Bonn, Germany. 56 pages.

IPBES (2022): Summary for policymakers of the thematic assessment of the sustainable use of wild species of the Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services, ADVANCE UNEDITED VERSION

IPBES (2022): Summary for policymakers of the methodological assessment regarding the diverse conceptualization of multiple values of nature and its benefits, including biodiversity and ecosystem functions and services (assessment of the diverse values and valuation of nature)

Rockström, J., W. Steffen, K. Noone, Å. Persson, F. S. Chapin, III, E. Lambin, T. M. Lenton, M. Scheffer, C. Folke, H. Schellnhuber, B. Nykvist, C. A. De Wit, T. Hughes, S. van der Leeuw, H. Rodhe, S. Sörlin, P. K. Snyder, R. Costanza, U. Svedin, M. Falkenmark, L. Karlberg, R. W. Corell, V. J. Fabry, J. Hansen, B. Walker, D. Liverman, K. Richardson, P. Crutzen, and J. Foley. 2009. Planetary boundaries:exploring the safe operating space for humanity. Ecology and Society 14(2): 32. [online] URL: http://www.ecologyandsociety.org/vol14/iss2/art32/

Science Based Targets Network (SBTN) (2020) Target-setting Tools and Guidance.

 

 

 

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