Finance alignée sur une trajectoire 1,5 °C – 2 °C : « One Target – One Metric »

Publié 3rd juillet 2020 par Ekaterina Reshetnikova, Magdalena Jouenne-Mazurek

De l’objectif de l’accord de Paris à la température des portefeuilles d’investissement

Finance alignée sur le climat - température des portefeuilles d’investissement

L’accord de Paris sur le climat a marqué un tournant décisif dans la prise de conscience d‘une nécessaire transformation des modèles économiques et des stratégies des organisations. Parmi ses objectifs clés, s’est imposée la compatibilité des flux financiers avec l’objectif principal de contenir le réchauffement mondial nettement en dessous des 2 °C par rapport à son niveau préindustriel, et de poursuivre l’action menée pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C d’ici à la fin du siècle.  Assurer cette cohérence est un enjeu majeur pour tous les acteurs qui participent à l’allocation des capitaux. 

De l’ambition de l’accord de Paris à la décarbonation des portefeuilles

L’atteinte de l’objectif d’intensifier les efforts mondiaux pour suivre une trajectoire en deçà des 2° C, voire 1,5 °C, est mesurée à l’aide des scénarios et trajectoires relatifs à la température, et recommandés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

En pratique, cela implique une mesure et un suivi pluriannuels des efforts en faveur du climat fournis par les acteurs étatiques et non-étatiques, ainsi que l’attribution de ces efforts à une trajectoire.

Dans le contexte de l’urgence climatique déclarée par 1 732 gouvernements locaux en 30 pays [1], les propriétaires et les gestionnaires d’actifs financiers font face à des exigences croissantes et doivent relever de nouveaux défis en termes de gestion du risque et d’alignement sur les objectifs climatiques.

Pour s’engager dans ce chemin, ils doivent d’abord répondre aux questions suivantes :

Les organisations de mon portefeuille ont-elles fixé et suivent-elles des objectifs de réduction d’émissions de GES (gaz à effet de serre) ambitieux et conformes à une trajectoire de 2 °C pour les Scopes 1, 2 et 3 ? Comment effectuer le test de la compatibilité climatique des investissements ? Quel est l’alignement d’un portefeuille actuel et sur l’horizon temporel visé ?  Enfin, quel indicateur et quelle méthode de mesure appliquer ?   

Mesure de la compatibilité des flux financiers avec l’objectif de neutralité carbone

Selon les études récentes, il est reconnu que 3 des plus grands risques financiers sur 5 sont liés à la crise environnementale [2]. En revanche, malgré un consensus scientifique sur les dégâts socio-économiques associés aux scénarios au-dessus des 2 °C [3] qui peuvent entraîner une perte annuelle d’environ 2 % du PIB en moyenne [4], il n’existe pas encore de vision commune sur la meilleure façon d’évaluer la cohérence climatique des actifs financiers. 

Pourtant, comprendre la distribution des risques et des opportunités liés au dérèglement climatique et les impacts associés aux trajectoires climatiques dans le secteur financier pourrait changer la donne.

Enjeux du secteur financier

Les scénarios climatiques sont associés à certains niveaux de réduction des émissions GES. Une organisation du secteur réel peut comparer ses ambitions de réduction avec celles associées à un scénario de réchauffement climatique correspondant, en fonction du secteur et du volume de marché, pour comprendre sa trajectoire et sa température.

Cependant, effectuer un test de compatibilité s’avère particulièrement complexe pour le secteur financier. En effet, ce secteur alloue des capitaux à des dizaines de milliers d’entreprises, et contribue ainsi indirectement aux émissions liées.

 Par conséquent, son effort de mesure et d’alignement doit tenir compte des engagements des acteurs financés et comprendre : une mesure et un suivi de sa performance, une agrégation de ses résultats, une pondération en fonction de sa participation et l’importance de l’entreprise dans le portefeuille, une réallocation des capitaux afin d’atteindre un profil risque/rendement climat souhaité.       

Pour un investisseur ou un gestionnaire d’actifs ce défi est donc multiple. Notamment dans un contexte, où les méthodologies ne sont pas harmonisées. 

Une feuille de route à l’épreuve de méthodologies hétérogènes

Le secteur financier peut s’appuyer sur différents outils méthodologiques d’établissement des objectifs et sur les recommandations sectorielles. En particulier, pour les gestionnaires de portefeuilles multi-actifs, un cadre méthodologique est en passe de devenir une référence : Science-based targets pour les institutions financières (SBT-FI). Cette initiative offre 4 méthodes d’alignement et de température, qui sont présentées dans notre article sur ce sujet.

Si une feuille de route est esquissée par la TCFD et par l’article 173 de la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte, la question de la mesure de l’alignement n’est pas résolue. Une disponibilité limitée de données de qualité et l’hétérogénéité des approches et des indicateurs sont autant de facteurs qui expliquent l’absence d’une vision commune sur cette question importante. Y répondre permettrait de traduire la performance et l’engagement climatique d’un acteur en un niveau d’alignement concret et de l’exprimer en température, offrant ainsi des résultats comparables.

Les approches existantes pour évaluer l’alignement et la température

Les méthodologies existantes combinent plusieurs indicateurs, tels que l’établissement des objectifs de réduction d’émissions carbone fondés sur la science (SBT), l’intensité carbone d’entreprise et de secteurs, la contribution à la transition écologique et énergétique, la part des actifs verts, le mix énergétique, et d’autres indicateurs de performance climatique.

Cette mesure est toutefois tendancielle, car il s’agit d’une analyse pluriannuelle avec des scénarios et des horizons variés, des techniques diverses de projections de données, une multitude d’indicateurs (statiques, dynamiques, rétrospectifs ou prospectifs) et d’hypothèses de modélisation.  

Vers les méthodologies universelles « one target – one metric »

Tous les acteurs qui contribuent directement ou indirectement à l’impact climatique : les investisseurs, mais aussi les États, les territoires et les entreprises font face à une nécessité de trouver une solution efficace pour mesurer la température de leurs activités au regard de l’objectif de neutralité carbone. Cette solution doit prendre en compte la trajectoire, l’horizon et le scope pertinents à la fois pour les efforts de chacun et pour les efforts communs.

Les approches existantes pourront servir de base pour développer des méthodologies harmonisées, s’inspirant des meilleures pratiques.

Pour aller plus loin, découvrez une nouvelle étude comparative des méthodes relatives à la température et à l’alignement de portefeuilles, intitulée « THE ALIGNMENT COOKBOOK A Technical Review of Methodologies Assessing a Portfolio’s Alignment with Low-Carbon Trajectories or Temperature Goal » qui a été réalisée à l’initiative du ministère de la Transition écologique et solidaire et du WWF par l’Institut Louis Bachelier – ILB en collaboration avec I4CE. Elle présente une cartographie des méthodologies existantes et notamment la méthodologie ClimFIT Température d’EcoAct.

 [1]  Climate Emergency Declarations, June 2020, Call to declare a climate emergency

[2] World Economic Forum, January 2020, These are the top risks facing the world in 2020

[3] O. Hoegh-Guldberg and al., February 2019, Impacts of 1.5°C of Global Warming on Natural and Human Systems, IPCC report. WMO, 2019, WMO Statement on the State of the Global Climate in 2019. Jonathan Watts, May 2020, “One billion people will live in insufferable heat within 50 years”, The Guardian

 [4] OECD, November 2015, The Economic Consequences of Climate Change

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« A to Zero » est un programme complet et modulaire qui couvre l’ensemble de la stratégie climat des entreprises afin d’atteindre l’objectif de zéro émission nette.

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