Ce lundi 11 décembre 2017 à Paris, la veille du One Planet Summit organisé par le Président de la République française, se tient la Climate Finance Day. Cette journée vise à faire le point sur l’action climatique du secteur financier depuis la COP21. Toutes les parties prenantes seront réunies : représentants du secteur financier, émetteurs, régulateurs et superviseurs, banques publiques de développement, ONG et experts de la politique climatique. L’objectif est clair : faire en sorte que le secteur financier contribue concrètement à la lutte contre le changement climatique.

Finance & climat : de quoi parlons-nous ?

En 2014, le PIB mondial était estimé à 78 000 milliards d’USD, la valeur totale des actifs financiers se chiffrait à 294 000 milliards d’USD, soit plus de 3,5 fois le PIB.

Alors que les initiatives en faveur d’une économie plus verte se multiplient, le secteur de la finance, désormais incontournable sur le sujet, doit choisir son orientation pour les décennies à venir : muter vers la finance bas-carbone et en saisir toutes les opportunités, ou ignorer cette tendance de fond et les alertes lancées par la communauté scientifique et accumuler les risques.

Combien coûterait la transition énergétique ?

La commission Canfin-Grandjean (2015) estime que pour passer de l’économie carbo-intensive que nous connaissons aujourd’hui à un développement en ligne avec le scénario 2°C énoncé dans l’Accord de Paris, l’investissement en infrastructures devrait passer de 89 à 93 000 milliards d’USD sur la période 2015 – 2030.

Cela étant, le passage à une économie bas-carbone permettrait d’escompter à terme 9 000 milliards d’économies, principalement par réduction de l’investissement dans les énergies fossiles et la concentration des villes, devenu moins nécessaire.

Il n’en reste pas moins que pour financer au fil de l’eau cette transition, 1 000 milliards d’USD par an sont nécessaires (Pitt-Watson, 2015[1]), quand l’investissement dans la transition bas-carbone n’est évalué en 2016 qu’à 383 milliards[2]. Cela étant, il est intéressant de noter que l’investissement dans les énergies fossiles demeure, lui, autour de 1 000 milliards d’USD par an, soit sensiblement la somme nécessaire au financement de la transition…

Quels sont les freins au développement de la finance climat ?

Si des études montrent que les pertes potentielles liées à la non prise en compte du changement climatique – Les « climate values at risk » – pourraient atteindre 2 500 à 24 000 milliards d’USD sur une échelle de temps similaire, il n’en reste pas moins qu’elles sont aujourd’hui sporadiques, et que la finance privilégie majoritairement un retour sur investissement à plus court terme. Le risque climatique est ainsi mésestimé par le secteur financier, qui n’en subit pas encore suffisamment notablement les conséquences pour repenser son système.

Cela étant, les problématiques climatiques ont une forte inertie, et les investissements nécessaires, qui augmentent au fil du temps, supposent le développement d’infrastructures plus propres, alors que celles en place sont toujours fonctionnelles. Il reste donc primordial de s’adapter au changement climatique dès aujourd’hui pour anticiper les risques à venir.

Conscient de cet enjeu, le secteur financier s’appuie sur les avancées politiques et législatives pour multiplier les initiatives depuis 3 ans.

Quelles sont les dernières avancées de la finance climat ?

Pour répondre à l’objectif de rendre « les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résiliant aux changements climatiques », énoncé à la COP21 (art. 2.1 c) du traité de l’Accord de Paris, les pays développent différentes stratégies, qui apparaissent notamment dans les Contributions Déterminées Nationales et vis-à-vis desquels le secteur financier doit se positionner.

Ainsi, le « One Planet Summit » du 12 décembre 2017, soit 2 ans jour pour jour après l’Accord de Paris, prévoit d’aborder de nombreuses thématiques telles que le verdissement de la finance pour une économie durable, l’accélération locale et régionale pour le climat, ou encore le renforcement des politiques publiques pour la transition écologique et solidaire.

A l’échelle européenne, le plan d’action de l’union des marchés des capitaux de l’UE, publié le 8 juin 2017, prévoit de son côté une réingénierie du système financier, en intégrant les objectifs de l’Accord de Paris. Un groupe d’experts[3] émettra également d’ici la fin 2017 des recommandations sur lesquelles la Commission Européenne s’appuiera pour déterminer les modalités d’intégration des enjeux de durabilité dans la réglementation européenne du secteur financier.

A l’échelle française, l’article 173 de la loi de transition énergétique exige désormais des investisseurs institutionnels et gestionnaires d’actifs, dont le bilan consolidé est supérieur à 500 millions d’euros, qu’ils déclarent des objectifs de financement cohérents avec les stratégies nationales et internationales de décarbonisation, expliquent comment ils contribuent à atteindre l’objectif des 2°C énoncé dans l’Accord de Paris (ou pourquoi ils n’y contribuent pas), et comment l’influence des risques climatiques est, le cas échéant, prise en compte dans l’évaluation de la performance et de la pérennité de leurs investissements.

Avec son plan climat, son objectif de neutralité carbone à horizon 2050, en devenant le premier pays au monde à introduire l’obligation de déclaration liée au changement climatique pour les investisseurs institutionnels, et désormais avec le « One Planet Summit », la France cherche à faire de la place de Paris le pôle international de la finance verte[4] et fait pression sur le régulateur européen afin de rationaliser les politiques nationales.

Elle répond également au secteur financier, qui a besoin d’outils pour mieux appréhender la question climatique, rendre compte et piloter sa transition vers une finance durable[5].

 

 

EcoAct est partenaire neutralité carbone du One Planet Summit et du Climate Finance Day, et assurera à ce titre, la compensation des émissions de gaz à effet de serre des deux événements. 

 

 

[1] Montant estimé cohérent pour assurer la durabilité environnementale et financière, hors prise en compte de la diminution des dépenses en immobilisations liées à l’extraction et aux capacités de production d’énergie traditionnelles et contrebalancées par la baisse des coûts d’exploitation des installations à faible émission de carbone. L’IEA (2014, a) avance le même ordre de grandeur, soit 5 000 milliards d’USD sur la période 2015 – 2020.

[2] Climate Policy Initiative (https://climatepolicyinitiative.org/)

[3] Le High-Level Expert Group, qui a publié un rapport intermédiaire en juillet 2017 (https://ec.europa.eu/info/sites/info/files/170713-sustainable-finance-report_en.pdf)

[4] L’initiative « Finance For Tomorrow », par exemple, est une initiative portée par Paris Europlace et les acteurs de la place de Paris pour promouvoir une finance durable. https://financefortomorrow.com/

[5] EcoAct, partenaire de Forward Finance (http://www.forwardfinance.com/), accompagne investisseurs et gestionnaires d’actifs dans l’évaluation de l’empreinte carbone de leurs portefeuilles et la recherche de solution d’adaptation, en cohérence avec les exigences de l’article 173 de la loi de transition énergétique

[6] https://www.fsb-tcfd.org/about/

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