La COP24, 24ème conférence annuelle de la CCNUCC, aura lieu en décembre 2018. Après une présidence assurée par les îles Fidji en 2017, c’est au tour de la Pologne de prendre les commandes de cette négociation climatique internationale à laquelle participeront 192 Etats, à Katowice. La COP22 organisée à Marrakech en 2016, et la COP23 à Bonn en 2017, ont été des conférences d’étape vers une COP24 qui présente de véritables enjeux pour la mise en œuvre de l’Accord de Paris. Deux années avant son entrée en vigueur, il est temps de fixer les règles de sa mécanique pour soutenir l’ambition des Etats et ancrer l’économie réelle dans l’action climatique.

Accord de Paris : objectif de zéro émission nette d’ici 2100

Adopté en 2015, l’Accord de Paris sur le climat fixe un objectif de long terme commun : contenir l’augmentation de la température moyenne « nettement en dessous de 2 °C », voire à 1,5 °C, et parvenir à zéro émission nette [1] au cours de la deuxième moitié du siècle. Pour atteindre cet objectif, l’Accord de Paris donne un cadre d’action international totalement inédit, en sortant de l’impasse le dialogue entre les Etats et en liant les sphères politiques, économiques, financières et sociales. Il définit une dynamique nouvelle fondée sur :

  • Une gouvernance multilatérale, qui évalue les progrès accomplis et surveille l’atteinte de l’objectif de long terme au moyen d’un système solide de transparence et de responsabilisation des Etats,
  • Les contributions nationales volontaires (National Determined Contributions – NDC) des Etats qui annoncent leur objectif climatique,
  • L’action désormais reconnue des acteurs non-étatiques publics et privés.

Enfin, l’Accord prévoit un mécanisme clé : l’évaluation des progrès (« inventaires ») tous les cinq ans afin de s’assurer que les pays « Parties » à l’Accord transforment effectivement leur engagement en action et qu’ils continuent d’accroître régulièrement leurs engagements.

Pour que l’Accord de Paris devienne opérationnel dès 2020, la COP24 se doit d’aboutir deux processus en 2018 :

  • La définition de toutes ses règles de fonctionnement,
  • Le premier bilan à blanc des efforts annoncés par les Etats, prévu pour alimenter le dialogue de facilitation sur le relèvement de l’ambition climatique et qu’on savait, dès la COP21, insuffisante.

COP24 enjeu #1 : le rulebook made in Poland

Pour que l’Accord de Paris soit mis en œuvre concrètement, de nombreuses décisions sont attendues à la COP24. L’Accord ne mentionne en effet que des principes et des objectifs généraux pour chacun de ses chapitres. Il s’agit donc d’établir un « rulebook« , c’est-à-dire un ensemble de règles applicables et détaillées sur la base de ces principes pour expliciter qui fait quoi, quand et comment, pour :

  • harmoniser le contenu et le calendrier des contributions nationales (NDC) des Etats, comme par exemple vis-à-vis de la comptabilisation des émissions liées à l’agriculture et à la forêt,
  • organiser le bilan quinquennal mondial des efforts de réduction des émissions de GES,
  • établir le cadre de transparence et de contrôle,
  • structurer les mécanismes de coopération internationale et de solidarité financière, avec la définition d’un mécanisme international de marché pour transférer des réductions d’émissions (article 6.4), avec la mobilisation des 100 milliards, le transfert de technologies et le renforcement de capacités, entre les pays développés et en développement.

Ces nombreux points techniques doivent être décidés en 2018 pour faciliter ensuite le dialogue politique entre les Etats.

COP24 enjeu # 2 : le dialogue de Talanoa et le premier bilan des contributions des Etats

Lors de la COP23, les Etats se sont mis d’accord pour lancer dès 2018 un processus de « dialogue » d’un an afin d’évaluer le chemin restant à accomplir pour parvenir à la neutralité carbone, comme le stipule l’Accord de Paris. Les pays utiliseront ensuite cette évaluation pour fournir des contributions nationales déterminées plus ambitieuses, la première révision devant avoir lieu en 2020. Ce dialogue politique, nommé symboliquement « Dialogue de Talanoa » (#TD2018) par la présidence fidjienne [2], vise à engager un dialogue inclusif, participatif, transparent, constructif, facilitatif et orienté vers l’émergence de solutions pour répondre aux 3 questions suivantes :

  1. Où en sommes-nous?
  2. Où voulons-nous aller?
  3. Comment pouvons-nous y arriver?

Ce TD2018 va connaître une phase préparatoire, articulant évènements et débats locaux, nationaux, régionaux, avec une session internationale, en mai, et une phase politique de clôture en décembre, à la COP24. Pour lancer la phase préparatoire du dialogue, la CCNUCC a ouvert une plate-forme en ligne sur laquelle Etats, villes, entreprises et autres parties prenantes sont encouragés à soumettre leurs contributions, d’ici le 2 avril, puis avant le 29 octobre, pour alimenter les négociations d’avril-mai à Bonn et de décembre à la COP 24.

Ce dialogue sera alimenté en octobre 2018 par un rapport spécial du GIEC sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, rapport commandé lors de la COP21. Si, malgré les conclusions de ce rapport, l’ambition n’est pas réhaussée, le prochain rendez-vous sera en 2023, date à laquelle est prévu un nouveau bilan mondial des efforts collectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

De plus en plus d’entreprises et d’investisseurs ZEN

La question du climat fait désormais l’objet de discussions à travers le monde pour accélérer la prise en compte du risque climat par le secteur économique, industriel et financier. Sommets et conférences, groupes de travail de haut niveau, initiatives sectorielles et publication de rapports se multiplient : le One Planet Summit en décembre 2017 à Paris, le sommet de Davos en janvier 2018,  le rapport du groupe européen d’experts de haut-niveau sur la finance durable (HLEG) en février 2018, etc… Tous concourent à faire progresser les investisseurs et les entreprises pour réduire l’empreinte carbone liée à leurs activités.

En 2017, de nombreuses organisations ont annoncé ou confirmé leurs engagements climatiques (comme par exemple la Ville de Paris, DPDgroup, Atos, Orangina, …). Prenons rendez-vous avec l’action climatique en 2018, pour en faire une année de progrès sans précédent.

Les principales dates des RDV internationaux de l’action climatique en 2018 :

Les grandes étapes d'ici la COP24

Par Émilie Alberola

[1] Les émissions de GES qui n’ont pu être évitées dès leur origine devront ainsi être compensées par d’autres sources pour atteindre la neutralité carbone.

[2] Mot fidjien associant tala (raconter) et noa (librement)

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