Le 22 mars, le monde célèbre la Journée Mondiale de l’Eau, une ressource vitale, particulièrement menacée par les effets du changement climatique. Nous interrogeons à cette occasion Delphine Angibault, en charge de la Protection de la ressource et de l’Environnement pour le Syndicat des eaux d’Île-de-France (SEDIF) : comment ce service public relève-t-il le défi du changement climatique ? Comment contribue-t-il à l’objectif de l’Accord de Paris, vers un monde neutre en carbone ?

Pourquoi le SEDIF s’est-il engagé dans une démarche en faveur du climat ? Est-ce un enjeu important pour un service public de l’eau ?

Delphine Angibault : Le changement climatique est un enjeu majeur des années à venir, qui devrait affecter les ressources en eau, accroître les risques naturels et par conséquent impacter les installations du SEDIF. Le SEDIF doit donc agir de façon à assurer à long terme le service dont il a la charge : l’alimentation en eau potable de 4,6 millions d’usagers de la région-métropole en quantité suffisante, répondant aux exigences sanitaires et au meilleur coût.

En tant qu’acteur du territoire francilien, le SEDIF est en interaction avec son environnement. Le SEDIF veille donc à limiter son impact. Ainsi, la prise en compte de la dominante climatique dans son action est-elle essentielle, et partie intégrante de sa politique environnementale, initiée dès 2001, et certifiée ISO 14001 dès 2002.

Quel est le niveau d’ambition porté par le SEDIF et quels en sont les moyens de mise en œuvre ?

Delphine Angibault : Le SEDIF a une double approche d’atténuation et d’adaptation au changement climatique, pour limiter l’impact de son activité sur le changement climatique, réduire sa vulnérabilité et accroître sa résilience face à ses conséquences. Il a formalisé et consolidé ses engagements et actions, initiés depuis près de 15 ans, au travers de son Plan Climat Eau Energie adopté à l’unanimité par le Comité syndical en octobre 2017. Cette démarche volontaire doit permettre de partager les enjeux avec les collectivités adhérentes au SEDIF, et les autres acteurs franciliens, ainsi qu’à contribuer à la dynamique territoriale en faveur de la transition énergétique. Ainsi, notre politique climat s’articule-t-elle autour de 5 orientations :

  • Consolider la diminution des consommations énergétiques,
  • Augmenter la production d’énergies renouvelables, et de récupération,
  • Poursuivre l’effort de diminution des émissions de GES,
  • Préserver la ressource en eau
  • Garantir sur le long terme l’alimentation en eau potable.

 

Le SEDIF est le 1er service public d’eau neutre en carbone.

Delphine Angibault

Protection de la ressource et Environnement - Mission Qualité Eau & Environnement, SEDIF

Ces orientations se déclinent en 17 engagements, dont notamment réduire les pertes d’eau, favoriser les énergies renouvelables, mettre en œuvre des pratiques vertueuses pour la conception et la réalisation des travaux et la gestion des déchets, sensibiliser les usagers à la maîtrise de leur consommation d’eau, renforcer la résilience en cas de crises majeures d’ampleur régionale.

Ces engagements sont assortis d’objectifs élevés, notamment réduire les émissions liées à l’exploitation du service de 33% à l’horizon 2020, en ciblant notamment les consommations d’énergie et la gestion des rejets. Les moyens mis en œuvre sont la certification ISO 50 001 « management de l’énergie », effective depuis 2015, une réduction de 6% de la consommation d’énergie avant 2020, l’utilisation d’énergies renouvelables, l’introduction de véhicules légers « à énergie propre » dans le parc automobile (objectif de 25% en 2020), ou encore la réduction de la consommation des produits chimiques, et l’amélioration du rendement du réseau. Concernant la mise en œuvre de pratiques vertueuses pour la conception et la réalisation des travaux, les leviers d’action résident dans un travail sur l’autoconsommation d’énergie produite par le SEDIF, au moins 15 % de travaux sans tranchée en renouvellement du réseau de distribution dès 2011 (pour les diamètres inférieurs à 300 mm), la gestion des déchets, l’intégration du critère de GES dans l’action publique (dématérialisation, achats durables).

Malgré les actions menées, un volume d’émissions incompressibles subsiste chaque année. Ces dernières sont compensées au travers de programmes de reforestation par le soutien de projets d’agroforesterie certifiés dans des pays émergents, pour ce qui concerne les émissions liées à l’exploitation, et au travers de l’achat de crédits carbone ex-post, labellisés, issus d’éco-projets pour ce qui concerne les émissions liées à la maîtrise d’ouvrage publique.

Avez-vous déjà des résultats chiffrés sur votre démarche ?

Delphine Angibault : En 2016, la réduction des émissions de GES liées à l’exploitation s’élevait à 35.8% par rapport à 2011. Les consommations en énergie électrique avaient diminué de 2% en 2016 par rapport à 2011. 100% de l’énergie électrique consommée sur les installations du SEDIF est d’origine renouvelable depuis 2013. Le SEDIF est le 1er service public d’eau « neutre en carbone ». 2 sites de récupération de chaleur sont mis en œuvre.

Notre accompagnement pour le SEDIF : 

EcoAct a accompagné le SEDIF dans la mesure de son empreinte carbone, via la création d’un outil dédié, qui permet au SEDIF de réaliser son reporting GES de façon autonome. Nous accompagnons également le SEDIF depuis plusieurs années dans le choix d’un ou plusieurs projets de compensation carbone ainsi que dans les étapes d’acquisition de crédits carbone pour la compensation de ses émissions incompressibles.

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