Le transport maritime a longtemps été un facteur fondamental du commerce international, bien que son rôle puisse passer inaperçu. Pensez à l’endroit où les vêtements que vous portez ont été fabriqués et comment ils sont arrivés ici. Qu’en est-il de votre téléphone ? Comment ses composants ont-ils été réunis pour être dans votre main en ce moment ? Il est très probable que le transport maritime a joué un rôle dans les deux exemples. Comment tout cela est-il possible ?

Grâce à la conteneurisation, les navires sont aujourd’hui le moyen de transport le moins coûteux et le plus efficace. Ils peuvent ainsi transporter des dizaines de milliers de conteneurs dans le monde entier, avec un équipage restreint.

Le transport maritime connait une croissance remarquable. Générant déjà 2,5% des émissions mondiales de carbone, cette industrie devrait croître de 50% à 250% d’ici 2050. Et le carburant utilisé par les navires marchands est souvent beaucoup plus dense et polluant que celui autorisé sur la route. Tout ceci représente un défi environnemental majeur pour l’industrie du transport maritime.

Où en sommes-nous actuellement ?

L’accord de Paris sur le climat, adopté en décembre 2015, a été un grand succès en rassemblant 196 pays autour du même objectif de limiter le réchauffement climatique entre 1,5 et 2°C. Cependant, le transport maritime et le transport aérien internationaux ont été exclus du champ de l’Accord. Ces deux secteurs ne sont couverts par aucun engagement de réduction bas-carbone (NDC), dans le cadre de l’Accord de Paris.

 

En avril, l’Organisation Maritime Internationale s’est engagée à réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur d’au moins 50 % d’ici à 2050, par rapport à 2008.

Mais en avril 2018, l’Organisation Maritime Internationale (OMI) a adopté une stratégie visant à  réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur d’au moins 50 % d’ici à 2050, par rapport à 2008. Il s’agit d’une décision historique : après l’accord conclu par l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI) en octobre 2016, tous les pans de l’économie sont désormais couverts par des objectifs bas-carbone. Cette stratégie initiale sera revue en 2023. Notons par ailleurs que l’OMI avait déjà adopté en 2016 un plafond réduit de teneur en soufre pour le carburant des navires, de 0,5% m/m à partir de 2020, dans le but d’améliorer la qualité de l’air près des ports et des routes maritimes.

Par ailleurs, la législation environnementale se joue de plus en plus aux niveaux régionaux et locaux. L’Union Européenne impose ainsi à tout navire de plus de 5 000 tonnes de surveiller, déclarer et vérifier ses émissions carbone annuelles à partir du 1er janvier 2018. Et l’initiative vient parfois des ports eux-mêmes : l’Autorité du port de Londres a introduit, en janvier 2018, un tarif vert réduit de 5% pour les navires plus respectueux de l’environnement.

Où allons-nous ?

Pour atteindre ces objectifs, le secteur devra opérer de nombreuses transformations technologiques. Plusieurs expérimentations sont actuellement en cours en matière de transports maritime bas-carbone : la première barge autonome et 100% électrique devrait quitter le port d’Anvers cet été, plusieurs navires alimentés à l’hydrogène parcourent les océans et différents systèmes permettent aux plus grands navires de s’alimenter en partie à partir des énergies renouvelables. Cependant, il est peu probable que ces technologies contribuent de manière significative à une réduction rapide des émissions carbone dans le transport maritime.

Les principaux leviers de réduction du secteur se situent en fait dans le recours à de nouveaux carburants, des mesures d’efficacité énergétique et des mécanismes d’incitation financière. Contrairement aux carburants routiers, les carburants des navires ne sont actuellement pas taxés alors que les mécanismes de prix carbone gagnent du terrain dans le monde entier. De tels mécanismes permettraient de donner un signal clair à l’ensemble des acteurs économiques afin d’engager des mesures concrètes : optimisation de la vitesse des bateaux,  changements de carburant, amélioration de l’efficacité énergétique.

L’industrie maritime devra agir sur tous ces leviers pour garantir un développement qui préserve le climat, les océans et les ressources marines. Une condition essentielle pour un avenir durable.

Share This