Auteurs : Emilie Alberola & Thomas Blackburn

A l’occasion des traditionnels séminaires de printemps, un groupe de PDG, de ministres de l’environnement ainsi que les Présidents de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International se sont retrouvés à Washington, le 19 avril dernier, pour examiner les progrès de la Carbon Pricing Leadership Coalition. Des progrès résumés en une formule par un délégué présent : le rythme des juridictions qui adoptent ou envisagent des mécanismes de prix carbone s’accélère, et les entreprises devront bientôt réajuster leur stratégie.

Prix carbone : quels pays sont impliqués ?

Au 1er mai, 42 pays et 25 autorités territoriales ont mis en œuvre, ou prévu de le faire, un mécanisme de prix carbone. Parmi les derniers pays impliqués, l’on retrouve notamment l’Afrique du Sud, la Colombie, le Mexique, le Chili et le Kazakhstan. Plusieurs pays envisagent également la mise en œuvre d’un prix carbone, parmi lesquels le Brésil, l’Argentine, le Canada et la Turquie. Cette accélération représente un changement majeur en matière d’action climat : depuis l’adoption de l’Accord de Paris, tous les pays ont en effet des responsabilités et des objectifs à atteindre.

 

Quel rôle joue le secteur privé dans la mise en œuvre du prix carbone ?

Le prix carbone était considéré comme un sujet sensible lors des négociations de la COP21. Il bénéficie aujourd’hui d’un fort élan, notamment parce que de plus en plus d’entreprises considèrent les mécanismes de prix carbone comme un outil sûr et efficace pour anticiper la transition bas-carbone de l’économie. Selon le rapport 2018 de la CPLC, le nombre d’entreprises  qui déclarent avoir adopté un prix carbone interne, sans attendre sa mise en place par les pouvoirs publics, a augmenté de 11% entre 2016 et 2017. En 2017, Le CDP a indiqué que 1 400 entreprises (dont plus de 100 entreprises du Global 500) utilisent ou utiliseront, au cours des deux prochaines années, un prix carbone interne. Lors du One Planet Summit, à Paris, en décembre 2017, plus de 50 chefs d’entreprise se sont exprimés unanimement en faveur du prix carbone et un groupe mondial de PDG a également appelé au développement des mécanismes de prix carbone, au World Economic Forum.

Comment devrions-nous utiliser les mécanismes de prix carbone ?

Plusieurs délégués ont souligné, avec enthousiasme, les manières innovantes d’utiliser les revenus issus du prix carbone. Alors que certaines juridictions ont proposé des mécanismes de prix carbone neutres d’un point de vue fiscal, un délégué a mis en lumière la nouvelle taxe carbone de la Colombie, comme une approche novatrice qui démontre de rapides signes de succès. Le mécanisme a été inclus dans le cadre d’une réforme fiscale globale et permet aux entreprises d’atteindre leurs objectifs en payant une taxe ou via l’achat de crédits de compensation carbone volontaire. Les revenus de la taxe sont réinvestis dans des projets de protection des forêts et au bénéfice des communautés rurales, un élément clé du récent accord de paix. Le délégué français a également réitéré la nécessité d’utiliser les revenus pour aider les industries et les communautés les plus vulnérables. Les parties prenantes à la table des négociations ont toutes fait écho à la nécessité de communiquer largement sur les success stories, et surtout sur les moyens de convaincre les gouvernements, les entreprises et les citoyens des avantages potentiels du prix carbone.

Prix carbone : quelle est la prochaine étape ?

Mme Christine Lagarde, Directrice générale du FMI, a annoncé que l’institution publierait cet automne un rapport, qui rassemblera des informations sur les systèmes les plus efficaces. Selon elle, le prix carbone est essentiel pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Mais des prix substantiellement plus élevés seront nécessaires d’ici à 2030. Et si les politiques de prix carbone sont hétérogènes et difficiles à comparer, nous pouvons les examiner en fonction de leur efficacité à réduire les émissions carbone, ce qui ancre ces mécanismes en complémentarité avec l’investissement dans les infrastructures et la réforme fiscale, souligne Christine Lagarde.

Alors que le prix carbone progresse rapidement, de nombreux gouvernements et entreprises restent à convaincre quant au fonctionnement de tels mécanismes : les engagements actuels en matière de prix ne couvrent que 14,6% des émissions mondiales. La CPLC concentrera ses efforts au cours de la prochaine année pour développer et approfondir la compréhension des mécanismes de prix carbone, avec pour objectif d’avoir 25% des émissions mondiales couvertes par un prix carbone d’ici 2020 et 50% d’ici 2028.

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