Étude de cas Renault Group

Biodiversité : Création d’un indicateur agrégé pour les sites opérationnels du groupe Renault

Leader français du secteur de l’automobile, Renault Group s’est engagé dès 2018 dans une démarche biodiversité. Afin de poursuivre son engagement, le groupe a fait appel à SE Advisory Services pour développer un indicateur de mesure de la biodiversité. Cet indicateur doit être simple et scientifiquement robuste pour permettre de suivre l’évolution des impacts sur la biodiversité des sites opérationnels.

Les défis rencontrés sur la mesure et le suivi des impacts biodiversité locaux

Aujourd’hui, les entreprises doivent se doter d’une stratégie environnementale complète allant au-delà des enjeux climat. Depuis le rapport de 2019 de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) et l’évolution des attendus réglementaire via la CSRD, le sujet de la biodiversité s’inscrit plus que jamais dans l’élargissement de ce périmètre de responsabilité.

La nouveauté et la complexité de ce sujet fait qu’il n’y a pas d’outil unique de référence pour évaluer l’impact biodiversité à l’échelle d’un site. Les entreprises doivent ainsi composer avec plusieurs recommandations de cadres (TNFD, SBTn) et outils à la méthodologie souvent complexe et avec des limites inhérentes à chacun.

En conséquence, chaque organisation opte pour des moyens différents et complémentaires de suivi d’impacts en se reposant sur un ou plusieurs de ces outils, en suivant différents indicateurs ou en créant des indicateurs agrégés composites. Renault Group a missionné SE Advisory Services afin de construire un indicateur agrégé et sur-mesure permettant de suivre l’impact environnemental (positif et négatif) de ses principaux sites opérationnels.

Le périmètre défini dans le cahier des charges de Renault s’étendait aux activités propres du Groupe (impact des sites possédés par Renault Group).

Une fois le périmètre défini, il était nécessaire de connaitre les principales pressions exercées par les sites industriels afin de les représenter à travers les données les plus pertinentes. Il fallait ainsi lier ces données avec l’impact biodiversité associé.

Renault Group dispose de nombreuses données environnementales sur chacun de ses sites. Un travail de collecte, de priorisation et de sélection a donc été nécessaire. Un critère clef était le besoin d’une mise à jour en autonomie par les équipes de Renault Group.

Par ailleurs, la méthodologie devait être applicable à plus de 30 sites avec des caractéristiques diverses et des réalités géographiques et opérationnelles différentes et prévenir des comparaisons non pertinentes.

Cette mission s’inscrivait également dans un objectif de simplicité afin que les décisionnaires adhèrent à la méthodologie et utilisent cet indicateur interne.

Renault Group est aux avant-postes d’une mobilité qui se réinvente. Le Groupe s’appuie sur la complémentarité de ses 4 marques - Renault – Dacia – Alpine et Mobilize – et propose des solutions de mobilités durables et innovantes à ses clients. Implanté dans 114 pays, Renault Group a vendu 2,265 millions de véhicules en 2024. Il réunit plus de 98 000 collaborateurs qui incarnent au quotidien sa Raison d’Être, pour que la mobilité nous rapproche les uns des autres.

Renault Group a choisi d’inscrire une démarche environnementale au cœur de sa stratégie et de sa Raison d’Être. Son engagement se traduit par des actions concrètes : réduire les émissions, préserver les ressources et protéger la biodiversité.

Sur le sujet de la biodiversité, Renault Groupe est engagée depuis 2018 dans le programme international Act4nature, une initiative visant à développer la mobilisation des entreprises en faveur de la biodiversité par des engagements pragmatiques et soutenus par leurs dirigeants. Afin de répondre à son ambition de zéro perte nette de biodiversité sur ses sites en 2050, l’entreprise articule sa stratégie autour de 4 piliers :
1. La mesure (à travers des inventaires naturalistes et l’établissement d’un KPI)
2. L’évitement des impacts lors des nouveaux projets
3. La réduction de l’impact des activités (réduction de la contribution aux pressions de l’IPBES : CO2 et eau notamment)
4. La compensation et la restauration d’écosystèmes dégradés.

Grâce à notre collaboration avec SE Advisory Services, filiale de Schneider Electric, nous avons désormais à notre disposition un indicateur global scientifiquement solide, permettant d'évaluer la pression exercée par nos sites et de mesurer les progrès accomplis. Cet indicateur agrégé est également un vecteur clef pour valoriser l’ensemble des efforts réalisés en vue de réduire l'empreinte environnementale des sites Renault Group.

Elodie DAUCHEZ-DUCHEMIN, Responsable d’équipe en charge du management de l’environnement pour le Groupe Renault

Les solutions proposées

Notre mission avec Renault Group s’est déroulée en plusieurs phases afin de proposer une méthodologie robuste et appréhendable par tous.

1 – Analyse des cadres, outils et stratégie existantes

Nous avons d’abord effectué un état des lieux des méthodologies d’analyse existantes et des stratégies d’entreprises best-in-class co-sélectionnées en matière de reporting biodiversité à l’échelle des sites. Nous avons analysé les pratiques des entreprises les plus avancées dans leurs stratégies biodiversité. Au-delà du secteur automobile des entreprises d’autres secteurs ont également été retenues (construction, biens de consommation et énergie).

Les cadres et outils retenus pouvaient poursuivre différents objectifs : structuration de démarche biodiversité, divulgation, fixation d’objectif de réduction mais aussi évaluation de l’impact d’une organisation, analyse géolocalisée de l’état de la nature ou diagnostic site.

Benchmark des méthodologies étudiées en fonction du périmètre

Cette première phase a répondu aux objectifs suivants :

  • Connaitre les forces et limites de chaque approche pour s’inspirer des bonnes pratiques
  • Identifier des KPIs récurrents et suivis à fréquence régulière pouvant être réutilisés par Renault Group
  • Confirmer les orientations de la stratégie biodiversité de Renault Group pour ses sites opérationnels

2 – Etablissement de la méthodologie de l’indicateur

En collaboration avec les équipes de Renault Group, nous avons proposé puis co-affiné le principe et l’architecture de l’indicateur où les cinq causes d’érosion identifiées par l’IPBES seraient représentées par une ou plusieurs données, scorées et se combineraient pour donner un indicateur agrégé.

Architecture de l’indicateur

Après établissement du périmètre opérationnel, nous avons identifié les pressions majoritaires exercées par les activités industrielles du secteur automobile et sélectionné des sous-indicateurs de suivi selon les enseignements de la phase 1 et les données disponibles sur les sites de Renault Group.

L’utilisation de méthodes d’analyse de cycle de vie a permis de sélectionner les données pertinentes ainsi que les pondérations. Nos experts ont simplifié ces dernières pour prendre en compte les limites des modèles et l’objectif d’incitation à l’action de l’indicateur.

La phase 1 ainsi que les méthodes d’analyse de cycle de vie ont permis de sélectionner et agréger les sous indicateurs de suivi au niveau pression IPBES. Ce travail a été effectué en prenant en compte les limites des modèles et le besoin de sensibilité du score final. Nos experts ont capitalisé sur de précédentes études (ex : empreinte GBS) et des sources de références (ex : IPBES) pour orienter le poids de chaque pression dans l’indicateur agrégé.

Finalement, une situation de référence a été définie et Renault Group s’est ensuite fixée, par composante, un pourcentage de réduction de pression à atteindre, à différents horizons temporels.

3 – Création de l’indicateur et test

Une fois l’architecture validée, nos experts ont développé un outil en collectant les données des différents sites et en s’assurant de la facilité de compréhension de ce dernier.

Evolution de l’indicateur : Des objectifs de réduction par pression formant un objectif global pour l’indicateur

Illustration fictive de l’évolution de l’indicateur La performance de Renault Group se fait par rapport à l’année de référence (2021) et un objectif de réduction pour chacune des pressions, pondéré, puis agrégé à un niveau global.

Un test a ensuite été effectué sur des sites pilotes pour vérifier la sensibilité et cohérence de l’indicateur final. Si les bénéfices de certaines actions menées par les sites (sensibilisation, conservation, restauration) sont difficiles à articuler avec les données suivies il nous paraissait important de les suivre et encourager leur implémentation. Nos experts ont ainsi établi une banque d’actions implémentables ne rentrant pas dans l’indicateur agrégé mais catégorisées qualitativement par potentiel biodiversité.

Des éléments annexes au score agrégé ont été rajoutés dont un ensemble de proposition d’actions implémentables sur sites (à typologie différentes : diminution de pressions difficilement quantifiables, actions de sensibilisation, actions de restauration…) chacune liée à un potentiel biodiversité. Cela a permis l’établissement d’un objectif d’implémentation s’inscrivant dans une logique d’amélioration continue.

Enfin, nous avons pu présenter à la direction environnement de Renault Group la version finale de la méthodologie et de l’outil associé en prenant soin de détailler les mécanismes et éléments à mettre à jour en cas d’évolution de données (erreurs dans les données passées ou réduction du périmètre lié à la cession foncière d’un site, etc.).

La démarche de création d’un indicateur agrégé est pionnière et est un exemple à suivre par les entreprises dont les activités directes ont un fort impact sur la biodiversité. Elle permet aux plus grands nombres d’appréhender les impacts biodiversité d’un site et de visualiser son évolution dans le temps et possiblement l’adapter en fonction du contexte géographique (états de la nature).

Les résultats

  • Réalisation d’un benchmark d’inspiration sur la stratégie biodiversité et les indicateurs regardés auprès de 10 entreprises matures co-sélectionnées
  • Analyse et revue critique de différents outils et cadres lié à la biodiversité
  • Capitalisation sur les données des sites suivis, les diagnostics écologiques réalisés et les études d’impact existantes pour choisir l’année de référence
  • Identification et hiérarchisation des impacts matériels en lien avec les cinq pressions définis par l’IPBES selon des sources scientifiques
  • Co-création de l’architecture de l’indicateur (pondérations, échelle et mode d’évolution)
  • Création d’une banque d’actions en faveur de la biodiversité spécifiques aux sites opérationnels de Renault Group (avec un potentiel estimé)
  • Fixation d’un objectif global de réduction des pressions exercées sur la biodiversité, décliné sur les différents sites et à différents horizons temporels