Symbole de la société du tout-jetable, les plastiques sont présents partout dans notre quotidien. Au compteur, 8,3 milliards de tonnes de plastiques ont été produits entre 1950 et 2015. Les médias et l’opinion publique sont aujourd’hui de plus en plus conscients de l’importance du problème. Dernière fait marquant : début juin, dans le sud de la Thaïlande, une baleine pilote est morte après avoir ingurgité plus de 80 sacs en plastique.

Aussi, les choses sont-elles en train de changer, au niveau politique et économique. Le 11 janvier dernier, la Chine a officiellement interdit l’importation de 24 catégories de déchets solidesdont certains plastiques, papiers et textiles. En France, la Loi relative à la « Transition énergétique pour la croissance verte » interdit la vente et la distribution de gobelets, verres et assiettes en plastique au 1er janvier 2020. Au niveau européen, la Commission a présenté le 28 juin dernier, une directive interdisant la vente d’objets en plastique facilement remplaçables par un objet constitué de matériaux plus durables.

Les citoyens se mobilisent également de plus en plus fortement sur le sujet. En témoigne l’organisation d’une journée « Plastique Attacks », le 2 juin dernier, dans toute la France.

Le défi du plastique

L’abandon pur et simple du plastique est un défi majeur qui, jusqu’ici, a semblé difficile à relever. Face à ce constat, nous analysons les trois obstacles majeurs à l’abandon du plastique et la manière dont l’opinion évolue à leurs sujets.

Gaspillage alimentaire

Notre dépendance à l’égard des plastiques a longtemps été justifiée au nom de la prévention du gaspillage alimentaire. Malgré cela, environ 88 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année dans l’UE.

Une étude récente de l’Institute for European Environmental Policy (IEEP) a montré que le lien entre emballages en plastique et gaspillage alimentaire s’avère plus complexe que ce que l’on pensait jusqu’alors : les emballages plastiques pourraient en fait augmenter le gaspillage alimentaire. La promotion de l’image de marque s’avère être le principal moteur dans le choix de packaging et le suremballage incite les consommateurs à acheter plus que ce dont ils ont besoin et ce qu’ils utilisent réellement.

L’IEEP réclame ainsi des mesures favorisant des changements de comportement pour éviter simultanément les déchets plastiques et alimentaires, notamment via la mise en place de taxes pour les producteurs et de systèmes de consignes.

Efficacité énergétique et coût

Il est crucial que nous ne considérions pas l’action comme un coût, mais plutôt comme un investissement qui nous épargnera d’énormes externalités négatives – les coûts cachés dont nous commençons à peine à comprendre l’ampleur – dans les années à venir

Erik Solheim

Directeur du Programme des Nations unies pour l'environnement

Les propriétés légères du plastique et sa production efficace ont jusqu’ici été imbattables en termes d’émissions carbone et de coût. Cela pose un problème aux entreprises qui ont du mal à concilier la double exigence de l’abandon du plastique et de la réduction de leur empreinte carbone.

Cependant, alors que les émissions de CO2 et même les coûts peuvent être compensés, les dommages que les plastiques causent à notre environnement et aux écosystèmes marins ne le peuvent pas.

Lors de la conférence Edie Live, à Birmingham, Adam Hall de l’entreprise Surfdome a révélé que son entreprise avait trouvé des opportunités d’économies ailleurs pour compenser l’augmentation du coût de conditionnement de ses produits dans des boîtes plutôt que des sacs plastiques, tout en suscitant un énorme soutien de la part des clients. Cela ne signifie pas que toutes les entreprises seront en mesure de trouver des réductions de couts suffisantes pour compenser les alternatives aux plastiques ou leur plus grande empreinte carbone, mais démontre que les entreprises commencent à trouver et à valoriser des solutions alternatives.

Infrastructures de recyclage

Nous ne pourrons pas toujours trouver d’alternative viable. Pour les plastiques que nous ne pourrons pas remplacer, nous devons donc faciliter la mise en œuvre d’une économie circulaire, notamment via des étiquetages plus clairs pour les consommateurs sur les matériaux utilisés et leur recyclabilité et une meilleure structuration des filières de recyclage. Les entreprises, notamment les distributeurs, commencent à demander une telle transformation.

En mai 2018, Carrefour s’est ainsi engagé à utiliser « 100% d’emballages recyclables, réutilisables ou compostables » pour les produits à la marque de l’enseigne d’ici à 2025. Et pour aller plus loin, l’enseigne soutient la mise en place « d’un Pacte National sur les plastiques pour une économie 100 % circulaire des emballages en France », afin de créer « une nouvelle économie des emballages ».

Et si c’était le bon timing ?

Il ne fait aucun doute que l’abandon du plastique représente un défi majeur pour les entreprises. Cependant, les conséquences environnementales de notre dépendance actuelle sont impossibles à ignorer. Des solutions alternatives émergent chaque jour et le vent est en train de tourner. Serait-ce le moment opportun pour finalement renverser la tendance sur les plastiques ?

Des alternatives fantastiques aux plastiques

Quelques exemples d’emballages alternatifs et innovants pour réduire les déchets plastiques :

  • Déchets agricoles – Waitrose teste un nouveau packaging d’emballage géré durablement et recyclable, qui pourrait annoncer la fin de l’emballage plastique pour les tomates biologiques.
  • Des fibres végétales séchées au soleil– Une alternative innovante, qui a gagné le prix de l’emballage durable de l’année en 2017.
  • Les champignons – Aussi peu attrayant que cela puisse paraître, les scientifiques et les chercheurs l’utilisent actuellement pour mettre au point un produit capable de rivaliser avec la polyvalence du plastique.
  • Les algues – Serait-ce le prochain produit miracle ? En 2017, les capsules d’eau entourées d’une membrane biodégradable à base d’algues, de la start-up londonienne Ooho ont fait le buzz. Seront-elles finalement commercialisées ?

 

 

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