Pour la première fois, le NGFS[1], le Réseau des banques centrales et des superviseurs pour le verdissement du système financier, vient de publier des scénarios climatiques à court terme à 2030. Destinés en priorité aux acteurs financiers et aux banques dans le cadre de « stress test »[2], ces scénarios et ces données peuvent s’avérer utiles pour toute entreprise voulant intégrer les risques climatiques physiques et transition dans leurs décisions d’investissement à horizon 5 ans. Ils posent cependant des questions sur leur articulation avec des analyses prospectives plus classiques pour 2050 sur lesquelles nous proposons de revenir dans cet article.
En 2024, le NGFS avait évalué entre 7 % et 15 % les pertes de PIB liées aux effets du changement climatique d’ici à 2050[3] et jusqu’à 30 % d’ici à 2100 selon un scénario à 3°C. Après avoir étudié les impacts macroéconomiques des effets du changement climatique à long terme (2050 et au-delà), le réseau d’acteurs financiers propose ici d’étudier les conséquences économiques de quatre scénarios d’ici à 2030 :

Trois messages ressortent principalement du travail d’analyse du NGFS sur les risques d’ici à 2030 :
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Quels intérêts pour les entreprises ? Dans un monde complexe et incertain où les préoccupations pour l’écologie semblent reculer, ces scénarios permettent de projeter l’impact de décisions économiques selon différents futurs économiques et politiques possibles. Basés sur des modèles qui interfacent évolution du climat, environnement, macroéconomie, secteur financier, ils donnent une lecture plus fine des liens entre risques climatiques et cycles économiques en particulier des enjeux autour des ruptures dans les chaines d’approvisionnements, les impacts indirects et sous-estimés d’action tardive (hausse des prix, chômage…) et leurs conséquences financières. Ces scénarios ainsi que les données mises à disposition peuvent ainsi être utilisés pour les entreprises pour leur propre analyse de risques et décisions d’investissement. Pour vous accompagner, nous guidons les entreprises dans l’analyse des scénarios climatiques sur différents horizons temporels. Notre outil “Carbon and Energy Pricing Tool” permet également aux organisations d’anticiper les risques de fluctuation des prix de l’énergie et de mesurer les impacts de la tarification carbone sur leurs coûts directs et indirects. Enfin, pour faciliter des décisions d’investissements éclairés, nos équipes sont en mesure de mettre en place un prix interne du carbone afin d’identifier les technologies émissives et rediriger les investissements pour financer la transition énergétique. |
Les scénarios à court et long terme : deux outils complémentaires à ne pas confondre
Les scénarios de court terme sont des scénarios complémentaires aux scénarios de long-terme issus des modèles climatiques utilisés notamment par le GIEC ou dans le cadre d’analyse par scénarios réalisés lors de reporting climat (IFRS, CSRD, CDP…). Ces deux exercices ne doivent cependant pas se confondre :
Dans un contexte géopolitique incertain marqué par des bouleversements climatiques croissants, dépasser le statu quo devient indispensable pour évaluer sa résilience et anticiper les risques. Non exempt de critiques[5], les scénarios à court terme du NGFS constituent un outil utile pour inscrire des décisions stratégiques (business plan, plan de transition, décarbonation…) dans différents futurs possibles et tester leur résistance à de potentiels chocs. L’avenir se prépare dès aujourd’hui, à toutes les échelles de temps.
Si vous souhaitez en savoir plus sur comment transformer vos modèles d’affaires et renforcer la prise en compte des risques climatiques dans vos décisions stratégiques, contactez nos experts.
[1] Le NGFS, ou “Network of Central Banks and Supervisors for Greening the Financial System” en anglais, a été créé en 2017 à l’occasion du premier One Planet Summit par une centaine de banques centrales et de superviseurs financiers pour rendre le secteur financier plus durable et diffuser de bonnes pratiques.
[2] Le stress-test s’inscrit dans les cadres réglementaires européen et français qui prévoient l’obligation pour les organismes d’intégrer le risque de durabilité dans leur évaluation des risques (ORSA – Own Risk and Solvency Assessment).
[3] https://www.ngfs.net/system/files/import/ngfs/media/2024/11/05/ngfs_scenarios_high-level_overview.pdf
[4] En Français, contributions déterminées au niveau national (NDCs), remises par les Etats tous les 5 ans au secrétariat de la Convention Cadre des Nations Unies pour le Changement Climatique (CCNUCC) qui présentent les objectifs climatiques des pays pour respecter l’Accord de Paris.
[5] Les scénarios n’intègrent pas les impacts d’une « guerre commerciale » potentielle entre les pays, d’éventuels bouleversements géopolitiques imprévisibles (changement de régime, guerre…) ni les conséquences du dépassement de certains points de bascules engendrant des modifications brutales du système climatique global sans retour en arrière possible.
Chaque degré supplémentaire amplifie les événements météorologiques extrêmes, modifie les schémas climatiques et intensifie les risques pour les organisations. Limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C est essentiel pour éviter les impacts les plus catastrophiques du changement climatique. Pourtant la marge de manoeuvre pour respecter cet objectif se réduit de plus en plus. C’est pourquoi, les organisations doivent identifier, évaluer et s’adapter aux vulnérabilités.