Le changement climatique représente une menace particulièrement puissante pour la production de nombreuses matières premières, minérales ou vivantes. Parmi les effets les plus dévastateurs, les vagues de chaleur impactent les rendements agricoles, les sécheresses réduisent la capacité d’extraction de minerais, et les évènements extrêmes comme les feux de forêt et ouragans détruisent les zones de production. Par exemple, à la suite des inondations meurtrières de novembre 2024 à Valence (Espagne) de nombreuses cultures furent détruites et certains fruits produits principalement dans la région virent leur prix augmenter de 10 % à 20 % à l’échelle nationale.1
À l’inverse des inondations, le manque d’eau constitue un enjeu tout aussi critique, notamment pour la production minière. L’exploitation de minerais repose en effet sur une utilisation intensive de l’eau, que ce soit pour l’extraction, le traitement ou la gestion des déchets.
Au Brésil, par exemple, l’industrie minière consomme 1,6 % de l’eau prélevée à l’échelle nationale — soit l’équivalent de l’approvisionnement en eau de 30 millions de personnes2. Cette forte dépendance rend le secteur particulièrement vulnérable au stress hydrique, d’autant plus préoccupant que 30 à 50 % de la production mondiale de cuivre, d’or, de minerai de fer et de zinc est concentrée dans des zones déjà soumises à une pression hydrique élevée3. Les conséquences économiques de cette exposition sont considérables, comme en témoigne l’année 2018, au cours de laquelle le secteur a enregistré plus de 20 milliards de dollars de pertes financières liées à des problématiques d’accès à l’eau4.
Parmi les secteurs les plus concernés se trouvent l’agroalimentaire, le textile, les télécommunications, la métallurgie et la construction. Les matières premières étant le premier maillon de toute chaîne de valeur, lorsque leur disponibilité varie, des effets en cascade peuvent être ressentis par tous les acteurs de la chaîne, jusqu’au consommateur.
Une baisse de disponibilité engendre souvent une hausse des prix qui peut être transférée aux acheteurs par les différents fournisseurs. Dans des cas extrêmes, l’impact d’un aléa climatique sur la production d’une matière première peut être si intense qu’il devient impossible de s’en procurer et toute entreprise dépendant de cette ressource critique verra sa production interrompue en cas d’absence de stocks.
Pour garantir la résilience des approvisionnements dans le temps il est capital d’étudier les possibles impacts du risque climatique pour les matières premières dont l’entreprise dépend et de mettre en place des mesures d’adaptation pour mitiger ces impacts. Les mesures d’adaptation peuvent prendre multiples formes et dépendent de la matière en question et du contexte.
Par exemple, dans le cas de l’augmentation des températures impactant les rendements agricoles, l’adaptation peut passer par l’usage de nouvelles variétés végétales adaptées aux fortes chaleurs et par le développement de pratiques de cultures sous couverts arborés et de permaculture. Ces mesures et bien d’autres sont développées par l’ONU dans le cadre du programme Climate-Smart Agriculture5.
En revanche, dans le cas de l’impact du stress hydrique sur la production de minerais, une approche intégrée est plus adaptée6. La conservation et la valorisation des habitats naturels et des zones forestières jouent un rôle clé dans le renforcement de la résilience hydrique des territoires en favorisant la régulation naturelle des cycles de l’eau et la préservation des sols. Cette démarche peut être accompagnée par la mise en place d’une stratégie de gestion du cycle de l’eau, incluant des actions de réduction de la consommation, de réutilisation et de recyclage de l’eau consommée lors des processus miniers.
Au niveau stratégique cependant, certaines approches peuvent être appliquées dans la plupart des cas, comme travailler avec plusieurs fournisseurs pour pouvoir basculer les achats de l’un à l’autre en cas d’augmentation des prix ou d’interruption de l’approvisionnement.
Notre accompagnement complet se fait en 4 étapes et s’appuie sur l’état d’art de la science, les données et l’expertise métier :
La première étape consiste à réaliser une analyse de dépendance de votre entreprise aux matières premières permettant ainsi d’identifier les matières les plus pertinentes à l’aide de données du client, de notre base de données internes et de sources externes. A la conclusion de cette étape, nous livrons au client un classement de l’importance des matières premières pour son business.
Lors de la deuxième étape, nous élaborons la méthode qui nous permet de calculer l’impact financier des aléas pertinents à partir de l’exposition et de la vulnérabilité aux aléas climatiques. Pour cela, nous avons à notre disposition un nombre d’outils développés à partir de papiers scientifiques récents et de données climatiques considérées comme l’état d’art, tel que notre plateforme d’analyse de risques climatiques ECLR. Pour des cas spéciaux, nous pouvons également développer une approche sur mesure.
L’objectif de la troisième étape est le calcul de l’impact financier. Nous appliquons la méthode développée dans l’étape précédente aux données de projections du climat futur, tel que CMIP5-Cordex et CMIP6 et aux données financières du client pour calculer les risques financiers. Notre approche probabiliste nous permet non seulement une estimation précise de l’impact financier mais aussi de quantifier la probabilité de sinistres importants. Ainsi, nous pouvons fournir une synthèse des résultats les plus importants, des visualisations intuitives et des résultats bruts.
L’ultime étape consiste à identifier les actions d’adaptations les plus pertinentes pour votre organisation et de calculer la diminution du risque financier qui en suit, permettant de cette manière au client de choisir les actions qu’il souhaite déclencher ou approfondir.
Notre approche est complètement flexible et permet d’adapter les étapes à votre situation, d’en approfondir d’autres, ou de décliner les résultats par métier ou par tout autre type de structure. Nous accompagnons également nos clients sur leurs parcours vers une plus grande autonomie d’analyse, si souhaité.
Un de nos clients, une entreprise de l’agroalimentaire, a cherché à évaluer les risques que le changement climatique fait peser sur la disponibilité des produits agricoles essentiels à la fabrication de ses produits. Une des matières qui est ressorti lors de l’analyse de dépendance est l’olive et notre client a donc souhaité approfondir l’analyse sur cet ingrédient.
L’analyse réalisée par SE Advisory Services montre que, bien que les conditions soient favorables à la culture des olives dans plusieurs régions du monde, 98 % de la production mondiale provient de pays situés autour de la mer Méditerranée. Dans cette région le climat deviendra moins favorable à la culture des olives dans les principaux pays producteurs. Cela se traduit en une diminution moyenne de 35 % de la disponibilité d’olives d’ici la seconde moitié du XXIᵉ siècle pondérée sur les exploitations d’approvisionnement du client. Par ailleurs, nos résultats indiquent qu’une pénurie sévère est susceptible de survenir en moyenne une année sur cinq. Le contributeur principal à la diminution de la productivité de l’olive est identifié comme étant la sécheresse, mais les fortes chaleurs pourront également poser des problèmes plus régulièrement, alors que c’est rarement le cas aujourd’hui.
Le client s’est alors interrogé sur des régions d’approvisionnement alternatives de d’approvisionnement à l’avenir et notre analyse démontre que le nord du bassin méditerranéen est moins à risque et qu’une région qui s’étend de la Hongrie à la Bulgarie deviendra très propice à la culture de l’olive.
Dans une autre étude, un client du secteur luxe & textile s’est intéressé à l’impact du changement climatique sur la continuité d’approvisionnement en un minéral précieux : l’or. Ce matériau avait été sélectionné en amont pour son statut de ressource critique dans les chaînes de valeur. L’analyse a porté sur un ensemble de mines représentant environ 4 % de la production mondiale d’or, avec pour objectif de quantifier les pertes potentielles de production liées aux interruptions causées par des aléas climatiques tels que les inondations, cyclones, feux de forêt, stress hydrique et vagues de chaleur.
Chaque type d’événement climatique a été associé à une durée d’interruption estimée, sur la base de la littérature scientifique et d’événements passés observés dans le secteur minier. Grâce à notre plateforme d’analyse de risques climatiques ECLR, nous avons pu modéliser l’exposition des sites sélectionnés à ces aléas, en modélisant également des impacts climatiques spécifiques comme le nombre de jours annuels avec précipitations extrêmes. L’analyse a également pris en compte la baisse progressive de la concentration d’or dans le minerai extrait, un facteur aggravant en cas de stress hydrique.
La vulnérabilité de chaque mine a été étudiée en détail, en croisant des données sur leur production, leurs réserves, leurs revenus, leur intensité carbone, leur mode opératoire et les évaluations de risques déjà réalisées. Il en ressort que la fermeture temporaire des sites dû aux précipitations extrêmes, et la perte de productivité liée aux vagues de chaleur constituent les principaux risques pour les sites analysés.
Au global, nos modélisations indiquent qu’environ 15 % de la production des mines sélectionnées pourrait être compromise d’ici à 2030 (scénario RCP 8.5) en raison d’événements climatiques extrêmes. Des analyses complémentaires ont également été menées pour estimer les impacts financiers potentiels sur le prix de l’or. Ces résultats constituent une base essentielle pour engager les fournisseurs dans une démarche de résilience face aux risques climatiques croissants.
Vous aimeriez en savoir plus sur les risques climatiques qui pèsent sur vos matières premières, votre chaine d’approvisionnement ou vos sites de production ? N’hésitez pas à contacter nos experts pour en savoir plus !
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1 La production espagnole de kakis ravagée par les inondations – Chronique des matières premières
2 Moura et al, 2022 – Estimating water input in the mining industry in Brazil: A methodological proposal in a data-scarce context
3 McKinsey, 2020 – Here’s how the mining industry can respond to climate change
4 WWF, 2020 – Mining companies and commodities face significant water risks, warns WWF report
5 Climate-Smart Agriculture | Food and Agriculture Organization of the United Nations
6 United Nations Environment Programme (2024). Climate Risks in the Metals and Mining Sector. Geneva
La plateforme de gestion des risques climatiques est un outil qui permet d’analyser la vulnérabilité et l’exposition des sites physiques des organisations à 28 aléas climatiques (incendie, érosion des sols, sécheresse, etc.). La nouvelle version de la plateforme intègre de nouvelles fonctionnalités notamment pour trouver et hiérarchiser les actions d’adaptations pertinentes en fonction des sites les plus à risque.
Dans notre brochure, vous découvrirez :