Anticiper les risques climatiques dans le secteur bancaire Marocain

Face aux exigences croissantes des régulateurs et aux impacts du changement climatique, Bank of Africa s’est affirmée comme pionnière au Maroc en intégrant très tôt les risques climatiques dans sa stratégie. Aux côtés de SE Advisory Services, la banque a structuré et déployé une feuille de route ambitieuse pour renforcer sa résilience, transformer ses pratiques et devenir un acteur de référence de la finance durable.

Juliette Karrer, Dorothée Vauquier, Perrine Lichou

1 avr 2026 14 minutes de lecture

Bank of Africa, pionnière de la transition au Maroc

Face à l’urgence climatique et à la pression croissante des régulateurs, les banques doivent désormais intégrer le climat dans leur gestion des risques, leur stratégie et leurs processus opérationnels. Bank of Africa, acteur bancaire panafricain de premier plan, se distingue par son engagement précoce et structurant en matière de finance durable. L’institution a su anticiper les attentes réglementaires en intégrant les enjeux climatiques au cœur de sa stratégie de gestion des risques. Elle adopte en 2018, les recommandations de la TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures), engagement renforcé en 2021, suite à la Directive N° 5/W/2021 de Bank Al Maghrib ayant Bank Of Africa à intégrer les risques climatiques dans sa politique de gestion des risques.

Anticiper les risques climatiques dans le secteur bancaire Marocain

Cette dynamique est soutenue par une forte implication de la direction générale, qui assure un sponsorship actif de ces sujets à tous les niveaux de l’organisation. Cette gouvernance engagée permet à la banque de jouer un rôle moteur dans la transition verte du secteur financier marocain.

Entre septembre 2023 et janvier 2024, SE Advisory Services et Bank of Africa ont travaillé en étroite collaboration pour concevoir une feuille de route ambitieuse, destinée à structurer la stratégie de gestion des risques climatiques de la banque. Cette première étape a posé les fondations d’une transformation profonde. En juillet 2024, Bank of Africa a renouvelé sa confiance en sollicitant SE Advisory Services pour l’accompagner dans le déploiement opérationnel de cette feuille de route, afin de passer de la vision à l’action et inscrire durablement la prise en compte des enjeux climatiques dans ses processus.

Les défis de l’accompagnement de Bank of Africa

  • Le mandat confié par Bank of Africa à SE Advisory Services ne se limitait pas à la conformité réglementaire : la mission visait à transformer la manière dont la banque intègre les risques climatiques dans ses pratiques. Les enjeux étaient donc multiples :
  • Renforcer les compétences pour permettre aux équipes de maîtriser ces sujets et les intégrer dans leurs décisions.
  • Adapter les processus existants afin d’intégrer les risques climatiques de façon pragmatique et opérationnelle.
  • S’aligner avec les standards internationaux tout en tenant compte des spécificités du marché marocain.
  • Assurer la transmission et l’autonomisation, en coconstruisant les outils et méthodologies pour garantir leur appropriation et leur intégration de manière durable dans les processus internes.

Les solutions et la stratégie déployées

Pour relever ces défis, nous avons conçu une feuille de route en quatre étapes clés :

  1. Cartographie des risques climatiques du portefeuille de crédits.

La mission a débuté par une cartographie macro sectorielle des portefeuilles, avec un pré-screening pour mesurer l’exposition aux aléas climatiques et alimenter la vision globale.

2. Intégration de critères climatiques dans les procédures d’octroi de crédits.

Ensuite, nous avons travaillé à l’intégration des risques climatiques dans la procédure d’octroi de crédits, en développant une méthodologie adaptée et en l’insérant dans les outils existants (questionnaires, grilles d’analyse).

3. Stress tests climatiques

En parallèle, les équipes ont travaillé sur la mise en place d’un dispositif de stress test climatiques, en réalisant une étude approfondie des approches internationales et en tenant compte des contraintes de données pour garantir une automatisation future.

4. Atelier et formation des équipes

Enfin, nous avons organisé des ateliers interactifs et des formations pour sensibiliser les équipes opérationnelles, favoriser l’appropriation des outils et assurer la transmission des méthodologies, afin que la banque devienne autonome dans la gestion des risques climatiques.

Cette approche a concilié ambition réglementaire, pragmatisme opérationnel et montée en compétence des équipes. Elle a permis à Bank of Africa de mieux comprendre ses expositions aux risques climatiques, d’anticiper leurs impacts et d’adapter ses pratiques de financement.

La mission étape par étape

Cartographie des risques climatiques

Pourquoi réaliser une cartographie des risques climatiques ?

La cartographie des risques climatiques consiste à évaluer l’exposition des secteurs économiques financés par une banque aux risques liés au changement climatique. Elle permet d’identifier, de classer et de visualiser :

  • Les risques physiques, comme les événements climatiques extrêmes ou le stress hydrique
  • Les risques de transition, liés à l’évolution vers une économie bas-carbone, pour chaque secteur du portefeuille.

Cette analyse répond aux attentes de la Banque Centrale Marocaine et s’inscrit dans les recommandations de la TCFD. Elle vise à identifier les secteurs les plus exposés aux risques climatiques afin d’anticiper les impacts financiers potentiels et d’orienter la stratégie de financement vers une économie plus résiliente et bas-carbone. C’est la première brique dans la construction d’un processus solide de gestion des risques liés au climat.

Comment cette cartographie a-t-elle été réalisée ?

La méthodologie repose sur une approche qualitative. Un score de risque physique et de transition a été attribué à chacun des 57 secteurs NACE (classification des activités économiques en vigueur dans l’Union européenne) du portefeuille, sur la base de l’expertise sectorielle de SE Advisory Services et d’une revue de littérature :

  • Cadres internationaux (Taxonomie Européenne, NGFS, BAM),
  • Données sectorielles actualisées (intensités carbone NZBA 2022, CDP 2023),
  • Scénarios de la Stratégie Nationale Bas-Carbone du Maroc.

Quels sont les principaux résultats ?

Les scores de risques ont été agrégés dans un outil de cartographie générant des matrices croisées qui reflètent les risques et la matérialité des portefeuilles au sein de la banque. Bank of Africa peut ainsi être autonome sur la reconduction de l’exercice de cartographie des risques en fonction de l’évolution de son portefeuille de crédit. Cette première image du portefeuille de Bank of Africa offre une base robuste pour une étude approfondie des secteurs matériels et ainsi adapter la procédure d’octroi.

Intégration des risques climatiques dans la procédure d’octroi de crédit

Pourquoi le faire ?

Dans le cadre de sa stratégie de gestion des risques, Bank of Africa souhaite développer une grille d’analyse des risques climatiques destinée à être intégrée dans la procédure d’octroi de crédit. L’objectif est double :

  • Disposer d’un outil robuste permettant d’identifier les contreparties les plus exposées aux risques climatiques,
  • Garantir une appropriation opérationnelle par les équipes internes.

Cette grille permet d’évaluer de manière systématique les risques physiques et de transition pour chaque entreprise des secteurs désignés comme matériels par la macro-cartographie des risques. La finalité est d’orienter les décisions de financement en cohérence avec les enjeux climatiques et réglementaires.

Comment structurer une grille d’évaluation des risques climatiques ?

La grille d’analyse développée pour Bank of Africa repose sur une approche structurée du scoring des risques, combinant trois dimensions clés :

  • L’exposition : degré auquel une entreprise est soumise à des aléas climatiques ou à des changements liés à la transition bas-carbone.
  • La vulnérabilité : sensibilité d’une entreprise aux impacts négatifs des risques climatiques, selon ses caractéristiques propres.
  • La capacité d’adaptation : aptitude d’une entreprise à anticiper, gérer et réduire les effets des risques climatiques.
Anticiper les risques climatiques dans le secteur bancaire Marocain
Évaluation de l’exposition aux risques de transition

Les risques de transition correspondent aux incertitudes financières liées à la transformation vers une économie bas-carbone. Pour les intégrer dans l’analyse, SE Advisory Services s’est appuyé sur le cadre de la Stratégie Nationale Bas-Carbone du Maroc à horizon 2050, complété par des référentiels internationaux tels que la Taxonomie Européenne, le NGFS et les recommandations de Bank al Maghrib. La grille couvre 18 secteurs jugés prioritaires, sélectionnés sur l’analyse macro sectorielle du risque climatique de la banque. Chaque secteur est évalué selon un score de risque de transition, prenant en compte les dimensions réglementaires, technologiques, réputationnelles et de marché. Cette approche permet d’anticiper les impacts potentiels sur les entreprises financées et d’aligner les décisions d’octroi avec les trajectoires de décarbonation.

Évaluation de l’exposition aux risques physiques

Les risques physiques sont liés aux aléas climatiques tels que le stress hydrique, les feux de forêt, les températures extrêmes ou les précipitations. L’exposition est mesurée grâce à l’outil de gestion des risques climatiques développé par SE Advisory Services qui utilise les scénarios climatiques du GIEC, notamment le scénario SSP5-8.5 (~4,4°C « Business as Usual »), pour simuler un futur climatique dégradé. L’outil attribue un score d’exposition à chaque zone géographique, en s’appuyant sur les coordonnées GPS des 75 provinces marocaines, complétées par 35 points côtiers. Cette approche permet une prise en compte fine des risques physiques dans les décisions d’octroi, tout en restant opérationnelle pour les équipes de Bank of Africa.

Les aléas couverts

TypeAléas climatiques Définitions 
Chroniques Stress hydrique Situation où la demande en eau dépasse la disponibilité en ressources en eau renouvelables. 
Stress thermique Exposition excessive à la chaleur, que ce soit pour les organismes vivants (humains, animaux, plantes) ou pour les matériaux 
Aigus Inondation urbaine Inondation qui se produit dans une zone urbaine, généralement causée par des précipitations intenses ou une défaillance des systèmes d’évacuation des eaux pluviales 
Inondation côtière Inondation qui se produit dans les zones côtières, principalement due à la montée du niveau de la mer, à l’intensification des tempêtes ou à la submersion marine.  
Vagues de chaleur Episode de températures anormalement élevées, persistantes et étendues sur une large zone géographique. 
Feux de forêt Incendie qui se déclare dans une zone boisée ou broussailleuse. Les causes peuvent être naturelles (foudre) ou anthropiques (activités humaines).  
Sécheresse Période prolongée de déficit en précipitations, entraînant une diminution des réserves en eau et des impacts sur les écosystèmes, l’agriculture et l’économie. 
Tempête Événement météorologique violent caractérisé par des vents forts et de fortes précipitations . 

Le choix de ces aléas est motivé par un benchmark des aléas compris dans les cartographies des risques physiques réalisées par d’autres acteurs. Il a aussi été question de couvrir les aléas identifiés par la méthodologie de Stress Test.

Anticiper les risques climatiques dans le secteur bancaire Marocain
Stress hydrique et feux de forêt
Anticiper les risques climatiques dans le secteur bancaire Marocain
Température et précipitation

Stress tests climatiques

Anticiper les risques climatiques dans le secteur bancaire Marocain

Comment réaliser un stress-test climatique ?

Les banques marocaines doivent désormais intégrer le risque climatique dans leur gestion des risques. Cette obligation vient des nouvelles règles fixées par Bank Al-Maghrib pour renforcer la transparence et la solidité du secteur. Ainsi, les banques sont tenues de : 

  • Évaluer l’impact du climat sur les risques financiers : les banques doivent tester des scénarios extrêmes sur une période d’au moins 10 ans. 
  • Adapter leur organisation : intégrer ces risques dans la stratégie, la gouvernance et la communication publique. 
  • Se préparer à des contrôles plus stricts : d’ici 2027, la supervision sera renforcée avec des stress-tests plus détaillés. 
  • Respecter de nouvelles directives : dès 2026, les banques devront publier leurs expositions aux risques climatiques et aux grands emprunteurs. 

Ces mesures visent à anticiper les effets du changement climatique sur la stabilité financière et à rendre le système bancaire plus résilient. 

La méthodologie développée par l’équipe SEAS pour réaliser les stress-tests climatiques sur les portefeuilles de crédits de Bank of Africa consiste à réaliser un test de sensibilité sectoriel. Pour chaque risque et chaque secteur, une variable climatique ou économique est retenue et représente le choc sectoriel induit par l’aléa climatique. L’impact de ce choc est projeté et traduit en risque de crédit. 

Les étapes sont les suivantes :  

  1. Sélection des scénarios : utilisation de trois scénarios NGFS reconnus (Current Policies, Delayed Transition, Net Zero 2050) à court (2027), moyen (2035-2040) et long terme (2050). 
  1. Sélection des risques : risques physiques (sécheresses, inondations pluviales et fluviales) et risque de transition (taxe carbone) 
  1. Sélection des secteurs : identification des secteurs les plus vulnérables par risque selon la cartographie climatique réalisée et les contraintes réglementaires. 
  1. Sélection et projection des variables : identification d’une variable climatique ou économique pour chaque secteur et chaque risque. Ces variables représentent les chocs sectoriels, par exemple la variable « fraction des terres exposée aux mauvaises récoltes » est retenue pour représenter l’effet des sécheresses sur l’agriculture. Ces variables sont ensuite projetées à partir des scénarios NGFS et de l’outil Climate Impact Explorer.  
  1. Mesure du risque de crédit : le système d’hypothèses financières appliqué aux exercices précédents de stress-tests de Bank of Africa a été appliqué au dispositif pour évaluer le capital économique (Dirhams) par secteur après le choc (%).  

Principaux résultats et livrables  

  • Un modèle de stress test paramétrable par les équipes risques, répondant aux exigences de l’ICAAP sur le court-terme (2027) et permettant à Bank of Africa de bâtir sa stratégie de gestion des risques climatiques à long terme (2050). 
  • Des simulations d’impact sur les portefeuilles à horizon 2030 et 2050. 
  • Un rapport de synthèse avec des recommandations. 

Les stress tests ont permis à la banque de quantifier les impacts potentiels du climat sur sa rentabilité et sa solvabilité, et de renforcer sa capacité à répondre aux exigences de la réglementation (TCFD, ISSB, etc.). 

Atelier de formation et de sensibilisation

Anticiper les risques climatiques dans le secteur bancaire Marocain

À l’issue de la mission, deux journées de formation et d’ateliers collaboratifs ont été organisées pour renforcer la compréhension et l’appropriation des résultats. Ces sessions interactives ont combiné présentations méthodologiques, études de cas, jeux de rôle et retours d’expérience, favorisant des échanges riches autour des freins, des leviers et des opportunités liés à l’intégration des risques climatiques. Des ateliers pratiques ont été spécifiquement dédiés aux chargés d’affaires afin qu’ils puissent s’approprier la nouvelle procédure et intégrer ces éléments dans leurs activités opérationnelles.

Enseignements et perspectives

Un partenariat structurant

Cette mission a marqué une étape clé dans la stratégie climatique de Bank of Africa. Elle a permis de :

  • Structurer une approche intégrée du risque climatique.
  • Outiller les équipes pour une prise en compte opérationnelle.
  • Renforcer la crédibilité de la banque auprès de ses parties prenantes.
  • Positionner Bank Of Africa comme acteur de référence sur la prise en compte des enjeux climatiques, sur le marché marocain

Des bénéfices tangibles

  • Vision claire des expositions climatiques.
  • Capacité renforcée à répondre aux attentes des régulateurs et investisseurs.
  • Montée en compétence des équipes internes.
  • Alignement stratégique avec les objectifs de durabilité.

Pourquoi faire appel à nous ?

Notre approche repose sur :

  • Une expertise technique en climat, finance et modélisation.
  • Une capacité à embarquer les équipes grâce à des formats pédagogiques et collaboratifs.
  • Une vision stratégique pour aligner les enjeux climatiques avec les objectifs business.

Conclusion

Le risque climatique est un enjeu systémique pour le secteur financier. À travers cette mission, nous avons démontré qu’il est possible d’agir concrètement, avec méthode, impact et engagement. Nous sommes prêts à accompagner d’autres institutions dans cette transformation.