Face à l’urgence climatique et à la pression croissante des régulateurs, les banques doivent désormais intégrer le climat dans leur gestion des risques, leur stratégie et leurs processus opérationnels. Bank of Africa, acteur bancaire panafricain de premier plan, se distingue par son engagement précoce et structurant en matière de finance durable. L’institution a su anticiper les attentes réglementaires en intégrant les enjeux climatiques au cœur de sa stratégie de gestion des risques. Elle adopte en 2018, les recommandations de la TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures), engagement renforcé en 2021, suite à la Directive N° 5/W/2021 de Bank Al Maghrib ayant Bank Of Africa à intégrer les risques climatiques dans sa politique de gestion des risques.
Cette dynamique est soutenue par une forte implication de la direction générale, qui assure un sponsorship actif de ces sujets à tous les niveaux de l’organisation. Cette gouvernance engagée permet à la banque de jouer un rôle moteur dans la transition verte du secteur financier marocain.
Entre septembre 2023 et janvier 2024, SE Advisory Services et Bank of Africa ont travaillé en étroite collaboration pour concevoir une feuille de route ambitieuse, destinée à structurer la stratégie de gestion des risques climatiques de la banque. Cette première étape a posé les fondations d’une transformation profonde. En juillet 2024, Bank of Africa a renouvelé sa confiance en sollicitant SE Advisory Services pour l’accompagner dans le déploiement opérationnel de cette feuille de route, afin de passer de la vision à l’action et inscrire durablement la prise en compte des enjeux climatiques dans ses processus.
Pour relever ces défis, nous avons conçu une feuille de route en quatre étapes clés :
La mission a débuté par une cartographie macro sectorielle des portefeuilles, avec un pré-screening pour mesurer l’exposition aux aléas climatiques et alimenter la vision globale.
2. Intégration de critères climatiques dans les procédures d’octroi de crédits.
Ensuite, nous avons travaillé à l’intégration des risques climatiques dans la procédure d’octroi de crédits, en développant une méthodologie adaptée et en l’insérant dans les outils existants (questionnaires, grilles d’analyse).
3. Stress tests climatiques
En parallèle, les équipes ont travaillé sur la mise en place d’un dispositif de stress test climatiques, en réalisant une étude approfondie des approches internationales et en tenant compte des contraintes de données pour garantir une automatisation future.
4. Atelier et formation des équipes
Enfin, nous avons organisé des ateliers interactifs et des formations pour sensibiliser les équipes opérationnelles, favoriser l’appropriation des outils et assurer la transmission des méthodologies, afin que la banque devienne autonome dans la gestion des risques climatiques.
Cette approche a concilié ambition réglementaire, pragmatisme opérationnel et montée en compétence des équipes. Elle a permis à Bank of Africa de mieux comprendre ses expositions aux risques climatiques, d’anticiper leurs impacts et d’adapter ses pratiques de financement.
La cartographie des risques climatiques consiste à évaluer l’exposition des secteurs économiques financés par une banque aux risques liés au changement climatique. Elle permet d’identifier, de classer et de visualiser :
Cette analyse répond aux attentes de la Banque Centrale Marocaine et s’inscrit dans les recommandations de la TCFD. Elle vise à identifier les secteurs les plus exposés aux risques climatiques afin d’anticiper les impacts financiers potentiels et d’orienter la stratégie de financement vers une économie plus résiliente et bas-carbone. C’est la première brique dans la construction d’un processus solide de gestion des risques liés au climat.
La méthodologie repose sur une approche qualitative. Un score de risque physique et de transition a été attribué à chacun des 57 secteurs NACE (classification des activités économiques en vigueur dans l’Union européenne) du portefeuille, sur la base de l’expertise sectorielle de SE Advisory Services et d’une revue de littérature :
Les scores de risques ont été agrégés dans un outil de cartographie générant des matrices croisées qui reflètent les risques et la matérialité des portefeuilles au sein de la banque. Bank of Africa peut ainsi être autonome sur la reconduction de l’exercice de cartographie des risques en fonction de l’évolution de son portefeuille de crédit. Cette première image du portefeuille de Bank of Africa offre une base robuste pour une étude approfondie des secteurs matériels et ainsi adapter la procédure d’octroi.
Dans le cadre de sa stratégie de gestion des risques, Bank of Africa souhaite développer une grille d’analyse des risques climatiques destinée à être intégrée dans la procédure d’octroi de crédit. L’objectif est double :
Cette grille permet d’évaluer de manière systématique les risques physiques et de transition pour chaque entreprise des secteurs désignés comme matériels par la macro-cartographie des risques. La finalité est d’orienter les décisions de financement en cohérence avec les enjeux climatiques et réglementaires.
La grille d’analyse développée pour Bank of Africa repose sur une approche structurée du scoring des risques, combinant trois dimensions clés :
Les risques de transition correspondent aux incertitudes financières liées à la transformation vers une économie bas-carbone. Pour les intégrer dans l’analyse, SE Advisory Services s’est appuyé sur le cadre de la Stratégie Nationale Bas-Carbone du Maroc à horizon 2050, complété par des référentiels internationaux tels que la Taxonomie Européenne, le NGFS et les recommandations de Bank al Maghrib. La grille couvre 18 secteurs jugés prioritaires, sélectionnés sur l’analyse macro sectorielle du risque climatique de la banque. Chaque secteur est évalué selon un score de risque de transition, prenant en compte les dimensions réglementaires, technologiques, réputationnelles et de marché. Cette approche permet d’anticiper les impacts potentiels sur les entreprises financées et d’aligner les décisions d’octroi avec les trajectoires de décarbonation.
Les risques physiques sont liés aux aléas climatiques tels que le stress hydrique, les feux de forêt, les températures extrêmes ou les précipitations. L’exposition est mesurée grâce à l’outil de gestion des risques climatiques développé par SE Advisory Services qui utilise les scénarios climatiques du GIEC, notamment le scénario SSP5-8.5 (~4,4°C « Business as Usual »), pour simuler un futur climatique dégradé. L’outil attribue un score d’exposition à chaque zone géographique, en s’appuyant sur les coordonnées GPS des 75 provinces marocaines, complétées par 35 points côtiers. Cette approche permet une prise en compte fine des risques physiques dans les décisions d’octroi, tout en restant opérationnelle pour les équipes de Bank of Africa.
Les aléas couverts
| Type | Aléas climatiques | Définitions |
| Chroniques | Stress hydrique | Situation où la demande en eau dépasse la disponibilité en ressources en eau renouvelables. |
| Stress thermique | Exposition excessive à la chaleur, que ce soit pour les organismes vivants (humains, animaux, plantes) ou pour les matériaux | |
| Aigus | Inondation | Inondation qui se produit dans une zone urbaine, généralement causée par des précipitations intenses ou une défaillance des systèmes d’évacuation des eaux pluviales |
| Inondation côtière | Inondation qui se produit dans les zones côtières, principalement due à la montée du niveau de la mer, à l’intensification des tempêtes ou à la submersion marine. | |
| Vagues de chaleur | Episode de températures anormalement élevées, persistantes et étendues sur une large zone géographique. | |
| Feux de forêt | Incendie qui se déclare dans une zone boisée ou broussailleuse. Les causes peuvent être naturelles (foudre) ou anthropiques (activités humaines). | |
| Sécheresse | Période prolongée de déficit en précipitations, entraînant une diminution des réserves en eau et des impacts sur les écosystèmes, l’agriculture et l’économie. | |
| Tempête | Événement météorologique violent caractérisé par des vents forts et de fortes précipitations . |
Le choix de ces aléas est motivé par un benchmark des aléas compris dans les cartographies des risques physiques réalisées par d’autres acteurs. Il a aussi été question de couvrir les aléas identifiés par la méthodologie de Stress Test.
Les banques marocaines doivent désormais intégrer le risque climatique dans leur gestion des risques. Cette obligation vient des nouvelles règles fixées par Bank Al-Maghrib pour renforcer la transparence et la solidité du secteur. Ainsi, les banques sont tenues de :
Ces mesures visent à anticiper les effets du changement climatique sur la stabilité financière et à rendre le système bancaire plus résilient.
La méthodologie développée par l’équipe SEAS pour réaliser les stress-tests climatiques sur les portefeuilles de crédits de Bank of Africa consiste à réaliser un test de sensibilité sectoriel. Pour chaque risque et chaque secteur, une variable climatique ou économique est retenue et représente le choc sectoriel induit par l’aléa climatique. L’impact de ce choc est projeté et traduit en risque de crédit.
Les étapes sont les suivantes :
Les stress tests ont permis à la banque de quantifier les impacts potentiels du climat sur sa rentabilité et sa solvabilité, et de renforcer sa capacité à répondre aux exigences de la réglementation (TCFD, ISSB, etc.).
À l’issue de la mission, deux journées de formation et d’ateliers collaboratifs ont été organisées pour renforcer la compréhension et l’appropriation des résultats. Ces sessions interactives ont combiné présentations méthodologiques, études de cas, jeux de rôle et retours d’expérience, favorisant des échanges riches autour des freins, des leviers et des opportunités liés à l’intégration des risques climatiques. Des ateliers pratiques ont été spécifiquement dédiés aux chargés d’affaires afin qu’ils puissent s’approprier la nouvelle procédure et intégrer ces éléments dans leurs activités opérationnelles.
Cette mission a marqué une étape clé dans la stratégie climatique de Bank of Africa. Elle a permis de :
Notre approche repose sur :
Le risque climatique est un enjeu systémique pour le secteur financier. À travers cette mission, nous avons démontré qu’il est possible d’agir concrètement, avec méthode, impact et engagement. Nous sommes prêts à accompagner d’autres institutions dans cette transformation.