Nouvelle étude : comment préserver le rôle des musées face aux effets du changement climatique ?

SE Advisory Services (Schneider Electric) et son partenaire Les Augures sont ravis de dévoiler les résultats de notre vaste étude sur les risques climatiques et l'adaptation nécessaire des musées français.

Clément Chevalier, Marie Tuffier, Martin Aussenac et Laurence Perillat (Les Augures)

19 SEP 2025 13 minutes de lecture

SE Advisory Services (Schneider Electric), cabinet de conseil spécialiste des enjeux climatiques, et Les Augures, collectif qui accompagne les acteurs du monde culturel dans leur transition écologique, viennent de dévoiler les résultats de leur étude sur l’adaptation au changement climatique des musées en France.

Les musées face au changement climatique : quels risques et quels impacts directs ?

Par leur localisation géographique, les musées français sont susceptibles d’être impactés de manière inégale par différents aléas climatiques.

A l’aide de notre plateforme de gestion des risques climatiques ECLR, nos équipes ont analysé l’exposition aux risques climatiques des 1 203 sites labellisés « Musées de France ». Cet état des lieux démontre un risque accru pour l’ensemble des musées avec des tendances plus marquées pour certains aléas climatiques :

Les vagues de chaleur 

La totalité des musées étudiés est concernée par l’augmentation chronique des températures moyennes annuelles, et ce, dès 2030, avec une plus forte intensité dans les zones urbaines ainsi que les régions Sud et Occitanie. De jour comme de nuit, les températures seront plus élevées notamment l’été avec une hausse moyenne des températures de 2,3 °C d’ici à 2050 sur l’ensemble des zones géographiques où les musées sont installés.

Ce réchauffement global se matérialise par l’augmentation des besoins en refroidissement et la nécessité de protéger les équipes et le public.

En sus, les bâtiments patrimoniaux où sont principalement situés les musées ne permettent que rarement le maintien d’un climat stable à l’intérieur. Protéger les œuvres d’art devient alors un réel défi, et pourrait demander de définir plus clairement des critères de priorisation des œuvres à conserver. Dans un entretien, les Rencontres de la photographie d’Arles faisait état de réticences de la part de prêteurs et des assurances ainsi que de la nécessité de trouver des espaces climatisés pour exposer les tirages vintage.

Les inondations et précipitations

Le risque d’inondation est le premier risque naturel en France par l’importance des dommages qu’il provoque, le nombre de communes impactées (environ 16 000), l’étendue des zones inondables (27 000 km²) et les enjeux concernés (humains, économiques, environnementaux et culturels). Nombre de bâtiments anciens qui abritent des musées et des centres d’art sont vulnérables lors d’épisodes de pluie extrêmes qui sont par nature très difficiles à prévoir.

Par ailleurs, lors d’une inondation ou d’une précipitation extrême, si le musée n’est pas directement touché par des dégâts, le personnel peut être directement impacté :  être évacué si son logement se situe en zone inondable ou pire, être directement touché par l’inondation de son domicile. Et si les infrastructures routières et ferroviaires sont affectées, l’ensemble des déplacements peut être perturbés, tant ceux des salariés que des publics ou le transport des œuvres.

En mai 2016, 85 % des collections du musée Girodet à Montargis ont été endommagées à cause d’une crue exceptionnelle. A Paris, au Palais de Tokyo, les verrières peu étanches obligent à une vigilance constante des équipes.

La sécheresse

Notre étude démontre que les musées avec une exposition importante à la sécheresse sont situés surtout sur le pourtour méditerranéen et en Corse. D’ici à 2050, le nombre de jours de sol sec augmente en moyenne de 22 jours (+18%) par an pour l’ensemble des musées. Cette augmentation dépasse les 1 mois (30 jours) pour 153 musées.

Les épisodes de sécheresse, combinés aux épisodes de pluies intenses, peuvent entraîner un phénomène de retrait gonflement des argiles (RGA). Ce phénomène est très répandu en France, avec des expositions fortes en PACA, Nouvelle Aquitaine, Occitanie et en Centre Val de Loire, entrainant de nombreux impacts sur les musées (dégradations du bâti, fissures, rupture de canalisation, etc).

Les sécheresses sévères peuvent entrainer un manque de disponibilité de l’eau remettant en question certaines activités dans les musées : consommation de l’eau potable, tel que le nettoyage des espaces extérieurs, le nettoyage du matériel de peinture, l’usage de l’eau pour les sanitaires.

La montée du niveau de la mer

L’élévation du niveau de la mer est un aléa climatique dont les effets, bien que indirects, sont déjà tangibles en France. Entre 1960 et 2010, le territoire métropolitain a perdu près de 27,7 km2 de surface cumulée à cause du recul du trait de côte induit par l’érosion côtière.

A horizon 2050, notre analyse fait état de 38 musées considérés comme exposés à cet aléa et 49 d’ici à 2100. Les régions Bretagne et Normandie sont principalement touchées.

Nouvelle étude : comment préserver le rôle des musées face aux effets du changement climatique ?

Situé en bord de mer, le musée Jean Cocteau de Menton inauguré en 2011 a été inondé lors d’une submersion marine provoquée par une tempête à l’automne 2018. Les vagues sont venues heurter la façade du musée et s’infiltrer à travers les vitres. Bilan : 60 % des œuvres avaient été endommagés impliquant plusieurs années de restauration minutieuse. A l’heure où nous écrivons ces lignes (septembre 2025), le musée n’a toujours pas rouvert ses portes. D’importants travaux sont attendus avec une enveloppe globale de 9 millions d’euros.

Les feux de forêts 

Sans surprise, la région méditerranéenne est la région la plus exposée aux feux de forêt. En revanche, d’ici à 2050, on observe que la saison des feux de forêt s’allonge sur l’ensemble du territoire.

En effet, même dans les régions jusqu’alors épargnées, le nombre de musées exposés à cet aléa augmente fortement d’ici à 2050. Les régions Bourgogne Franche Comté, Grand-Est, Pays de la Loire et Centre Val de Loire sont notamment concernées avec plusieurs musées qui voient leur nombre de jours propice à l’apparition de feux forêt à l’année dépasser le mois, voir les 40 jours, soit des conditions similaires à celles déjà observées en Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Sud sur la période de référence.

Ce constat doit mener à des réflexions sérieuses pour les établissements exposés, en particulier dans les régions où ce phénomène était considéré comme résiduel par le passé.

En plus de la fréquence, il est également intéressant d’intégrer aux réflexions la proximité du musée à la forêt, et donc l’exposition à un combustible potentiel. Notre étude fait état de 112 musées (environ 10 % des musées étudiés) se trouvant à proximité immédiate d’une zone forestière ou naturelle.

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Des risques indirects liés au climat et à l’environnement

Si les risques cités plus haut sont de nature à impacter directement les musées, d’autres risques peuvent les toucher de manière indirecte, et perturber leur fonctionnement. Nous pouvons en citer quatre principaux : rupture des transports, pannes d’électricité et des réseaux de communication et rupture de fourniture en eau.

D’autres impacts comme les risques sanitaires peuvent entraver l’activité des musées. L’humidité, par exemple, est un enjeu critique pour la conservation des œuvres dans les musées. Un taux d’humidité élevé peut résulter de plusieurs facteurs : l’humidité ambiante extérieure (amplifiée par les épisodes de pluie), les capacités de renouvellement de l’air des espaces ou encore la présence humaine. L’une des conséquences serait l’apparition de moisissures mettant en péril les œuvres et la santé du personnel. Le musée des Beaux-arts de Brest a par exemple dû fermer ses portes au public en janvier 2025) à cause d’un champignon qui a proliféré très rapidement.

Pour faire face à l’éventualité d’une rupture des services télécom et numériques, les musées doivent également agir pour réduire la dépendance de leur activité au fonctionnement des infrastructures et engager une démarche de “dé-numérisation” de certains services (accueil des publics, médiation…) au profit du développement des low tech.

Les impacts de la survenance d’aléas climatiques directement sur les musées ou indirectement sur leur territoire se traduiront également par des conséquences financières et économiques très concrètes, à la fois sur les coûts mais aussi sur les revenus.

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Le besoin d’adaptation des musées

Adapter les équipes et l’organisation interne des musées

Pour s’adapter aux risques climatiques et les anticiper, une transformation organisationnelle du musée, de son fonctionnement et de ses équipes doit être engagée avec des leviers clés :

  • Construire un management prospectif fondé sur les projections futures de l’établissement avec un plan d’investissement intégrants les mesures d’adaptation pertinentes
  • Préserver la mission du musée avec l’accent mis sur le Plan de continuité de l’activité (PCA) qui ferait le lien entre la gestion des risques et des crises ainsi que l’intervention, le maintien et la reprise d’activité
  • Former les équipes à l’adaptation pour les sensibiliser et leur permettre de comprendre les enjeux du secteur. Nos équipes ont d’ailleurs accompagné le Musée d’Orsay sur ce volet et sont disposés à accompagner d’autres institutions publiques.
  • Générer des dynamiques collectives au niveau territorial grâce à un dialogue et une coopération multi-acteurs avec les communes, les groupes de communes, les départements, les régions et l’Etat.

Les bâtiments doivent aussi se parer contre les effets du changement climatique

Si la grande majorité des bâtiments qui abritent les musées, leurs collections et les centres d’art n’ont pas été conçus pour faire face aux conditions climatiques extrêmes futures, les constructions récentes de musées et de centres de conservation tentent d’intégrer les enjeux d’adaptation dès leur conception.

Exposées aux crues de la Seine, les collections du musée du Louvre ont élu domicile au Centre de conservation du Louvre à Liévin dans le Pas-de-Calais. Plus de 88 % des œuvres se trouvent désormais en lieu sûr dans un bâtiment avec des installations haut-de-gamme pour apporter un climat stable par tous temps.

Au-delà des aspects de construction et des performances intrinsèques des bâtiments, l’enjeu central pour les musées est celui d’articuler la sobriété énergétique et la conservation des œuvres. Deux options sont disponibles pour adapter le bâti :

  • Des solutions techniques (qui impliquent souvent des réflexions lors de la conception du bâtiment, des investissements et des compétences extérieures),
  • Des solutions d’usage (qui impliquent une réorganisation au sein du musée en période de pics de chaleur).
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Pistes d’actions pour adapter le bâtiment, Observatoire de l’Immobilier Durable (Guide des actions adaptatives au changement climatique, 2024)

Adapter les conditions de travail et d’accueil au sein des musées

En tant qu’employeur, le musée doit mettre en place des mesures de prévention pour protéger ses salariés et ses visiteurs. La saison estivale est propice à l’augmentation du tourisme et des visiteurs, les musées doivent ainsi donner une attention particulière à la prévention des canicules.

Pour répondre au risque de vagues de chaleur pour les salarié(e)s, un décret a été validé le 27 mai 2025, pour qu’une stratégie de prévention soit mise en place dès que le département franchit les seuils jaune, orange ou rouge définis par Météo-France.

Côté confort du public, des aménagements sont possibles bien qu’il faille également renoncer à certains modes de fonctionnement. Bien que cela soulève des problématiques d’intégrations architecturales, il est par exemple possible d’aménager des ombrières sur le parvis sur lequel les publics patientent, notamment pour les musées urbains. En revanche, certains musées devront fermées certaines salles trop exposées à la chaleur en été ou modifier les horaires d’ouvertures pour privilégier les plages fraîches par exemple. Pour certains musées non-climatisés, la question de l’ouverture d’été pourra être remise en question.

Adapter la gestion des collections et des réserves

Pour mieux s’adapter, il faut comprendre les risques locaux. Les sites Géorisques ou Vigicrues par exemple proposent des informations sur les aléas climatiques à partir d’une adresse postale avec les réglementations spécifiques applicables.

Pour préserver les œuvres, l’éco-conservation est une pratique de plus en plus mise en place : elle consiste à préserver les œuvres en atténuant les impacts environnementaux de la conservation (énergie, GES, ressources) tout en assurant la conservation dans le contexte du changement climatique.

Transformer les missions des musées à l’heure du changement climatique ?

Repenser l’usage des musées peut aussi être source d’un renouveau sous le signe de l’innovation.

Au-delà de l’adaptation des musées, est-il possible d’adapter l’art ? Récemment le Palais de Tokyo a accueilli l’artiste Vivian Suter qui a incorporé dans ses œuvres, réalisées dans son jardin au Guatemala, le risque de fortes chaleurs s’affranchissant ainsi des contraintes liées au musée sans climatisation.

Dans le rapport Paris à 50°C, les lieux culturels sont également centraux dans le dispositif d’adaptation territorial : les musées deviennent des lieux refuges pour les citoyens par leur capacité à offrir des espaces climatisés. A Lille, Lyon ou encore Limoges, les musées municipaux ouvrent leurs portes gratuitement durant l’été par exemple.

Pour les musées ne disposant pas de climatisation, d’autres solutions sont à entrevoir. Les zones ne pouvant accueillir du public peuvent être repensées pour proposer un nouvel usage : pourquoi pas utiliser les verrières du musée pour favoriser l’agro-écologie urbaine sous serres ?

Le temps est venu de comprendre pour agir, d’accepter l’incertitude sans sombrer dans l’inaction, d’adapter nos modes de fonctionnement en renforçant les coopérations inter-établissements et territoriales pour cultiver sa résilience en se préparant aux chocs à venir.

Retrouvez la méthodologie de l’analyse, les résultats complets et des exemples concrets dans notre étude réalisée en collaboration avec le collectif Les Augures !

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