Décryptage du dernier rapport de l’IPBES : Le rapport d’évaluation Nexus appelle à une action intégrée face aux 5 crises mondiales.

Le dernier rapport de l’IPBES révèle de nombreuses opportunités pour lutter conjointement contre les crises environnementales liées à la perte de la biodiversité, au changement climatique, à l’alimentation, à la santé et à l’eau : éléments interconnectés qui forment ce qu’on appelle le Nexus1. Publié en décembre 2024, le rapport d’évaluation Nexus de la Plateforme intergouvernementale ...

Victoria Grimaud

Consultante senior en biodiversité

26 Mar 2025 9 minutes de lecture

Le dernier rapport de l’IPBES révèle de nombreuses opportunités pour lutter conjointement contre les crises environnementales liées à la perte de la biodiversité, au changement climatique, à l’alimentation, à la santé et à l’eau : éléments interconnectés qui forment ce qu’on appelle le Nexus1.

Publié en décembre 2024, le rapport d’évaluation Nexus de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) est un rapport clé pour la biodiversité, mais aussi pour la nature dans son ensemble, le climat et les autres défis écologiques auxquels nous sommes confrontés. Il retrace le travail d’évaluation critique de la production scientifique par 165 experts internationaux sur trois ans et souligne l’importance d’une prise en compte intégrée des 5 piliers du vivant (biodiversité, eau, nourriture, santé et changement climatique).

Deux ans après l’Accord de Kunming-Montréal2, ce rapport propose des actions concrètes à destination des décideurs publics afin de renverser la perte de biodiversité et de tendre vers un monde plus résilient, équitable et respectueux des limites planétaires. L’IPBES souligne la nécessité d’une coordination internationale renforcée, appuyée récemment par la conclusion de la COP 16 à Rome qui a fait un pas significatif ces dernières semaines, avec l’adoption de mesures financières concrètes. Ces engagements renforcent les objectifs mondiaux en faveur de la biodiversité et soutiennent directement les recommandations du rapport, notamment en matière de financement pour la biodiversité.

L’équipe Nature de SE Advisory Services revient sur les éléments clés à retenir de cette synthèse.

 

La biodiversité est en déclin, dans toutes les régions du monde et à toutes les échelles spatiales.

Au cours des 30 à 50 dernières années, l’ensemble des indicateurs évalués par l’IPBES révèlent un déclin de la biodiversité de l’ordre de 2 à 6 % par décennie.

La destruction de la biodiversité déclenche un enchaînement de crises interconnectées qui menacent la stabilité des sociétés humaines.

Les effets de la mondialisation, tels que la croissance économique, démographique et les progrès technologiques, ont intensifié les pressions directes sur la biodiversité et sur tous les écosystèmes confondus.

Pressions biodiversité

Les pressions directes exercées sur la biodiversité

 

Pourtant, toutes nos activités dépendent de la nature (TNFD, 2024) : sans elle, aucune économie ne peut être durable. Ce lien vital est aujourd’hui menacé, et l’interaction des facteurs directs et indirects sur la biodiversité a entrainé des effets en cascade négatifs sur les différents éléments du Nexus.

effets en cascade négatifs Nexus

Exemple d’effets en cascade négatifs sur les éléments du Nexus

Par exemple, l’augmentation de la production alimentaire a amélioré l’apport calorique et la santé humaine, mais au prix de pratiques agricoles non durables. Ces dernières ont accéléré l’érosion de la biodiversité et affecté d’autres éléments du Nexus, comme la surexploitation des ressources en eau, la hausse de la pollution et des émissions de gaz à effet de serre, et la dégradation de la qualité des aliments. Cela résulte d’une approche fragmentée des éléments du Nexus, où les décisions ont privilégié des gains à court terme sans prendre en compte les impacts négatifs sur d’autres composantes essentielles.

Une approche holistique est nécessaire pour limiter les impacts sur l’environnement et les populations.

En parallèle des risques associés à l’impact des crises du Nexus sur les entreprises, il est important de noter que plus les efforts pour préserver le Nexus seront retardés, plus les coûts potentiels seront élevés. Par exemple, si nous retardons encore les efforts de préservation de la biodiversité de plus de 10 ans, les coûts associés pourraient doubler, coûts auxquels il faudrait rajouter à minima 5 300 milliards de dollars par an pour la lutte contre le changement climatique3. Chaque année, environ 1 700 milliards de dollars de subventions ont un impact négatif sur la biodiversité (ex : subventions aux énergies fossiles, subventions agricoles favorisant l’usage intensif de pesticides, etc.). Pour autant, seuls 43 % des financements dédiés à sa protection profitent aussi à un autre aspect du Nexus.

Le rapport démontre également que les effets en cascade négatifs dégradant la biodiversité ont accentué les disparités sociales et économiques, avec des impacts négatifs plus important pour les communautés plus pauvres et vulnérables, directement dépendantes de la nature pour leur survie. Les communautés marginalisées sont moins capables de se protéger contre les impacts environnementaux négatifs et en sont les plus touchées.

Le secteur privé a un rôle clé à jouer pour allier résilience, engagement et compétitivité au regard d’une transition environnementale holistique, inclusive, équitable et basée sur la prise en compte de la nature dans sa globalité.

Préserver la nature ou la surexploiter : quel chemin pour demain ?

Les experts ont analysé 186 scénarios provenant de 52 études différentes, qu’ils ont groupé en 6 archétypes illustrant les différents futurs possibles en fonction des priorités choisies.

Décryptage du dernier rapport de l’IPBES : Le rapport d’évaluation Nexus appelle à une action intégrée face aux 5 crises mondiales.

Interactions entre les éléments du Nexus regroupés en 6 archétypes

Il est encore possible de renverser la tendance ! En effet, des scénarios « axés sur la nature » ou « équilibrés », avec des actions intégrées (par exemple, avec des actions de production et de consommation durables combinées à la conservation et à la restauration des écosystèmes) offrent les meilleurs résultats pour la biodiversité, l’eau, la santé et le climat. A l’inverse, des scénarios qui se focaliseraient sur un seul élément du Nexus (ex : « Climat en premier ») ou des scénarios dits “business-as-usual” (focalisés sur l’exploitation de la nature) peuvent avoir des impacts négatifs sur la biodiversité et la sécurité alimentaire, en raison de la concurrence pour l’utilisation des terres.

Alors que faire en tant qu’organisation pour prendre en compte les interactions du Nexus ?

Le rapport révèle 71 options de réponses, regroupées en 10 grandes catégories.

Décryptage du dernier rapport de l’IPBES : Le rapport d’évaluation Nexus appelle à une action intégrée face aux 5 crises mondiales.

Options de réponses prenant en compte les interactions entre les éléments du Nexus

Ces options constituent une palette de solutions prenant en compte de façon synergique les différents éléments du Nexus, directement accessibles aux parties prenantes (gouvernements, secteur privé, société civile et peuples autochtones). De nombreuses actions existent déjà, et beaucoup d’entre elles sont à faible coût. Leur application est à contextualiser en fonction des réalités locales notamment les enjeux politiques, sociaux et écologiques rencontrés.

Par exemple, le rapport mentionne un projet de restauration de mangroves au Sénégal qui a permis une séquestration de carbone conséquente, permettant également une restauration de la biodiversité dans ces écosystèmes, une baisse de l’érosion côtière et une meilleure qualité de l’eau, une amélioration de la sécurité alimentaire, de la santé et de la qualité de vie des populations locales. Investir dans la finance carbone et le développement de ce type de projets est l’une des façons dont les financements privés peuvent contribuer à des impacts positifs à la fois environnementaux, économiques et sociaux.

Le rapport démontre également que la temporalité d’application des actions joue un rôle clé. En effet, appliquer certaines actions conjointement ou séquentiellement en fonction des différents contextes peut engendrer le plein potentiel sur les différents éléments du Nexus. En revanche, les approches courantes en silo sur chacun des éléments, ne prenant pas en compte les interconnexions et les potentiels arbitrages, freinent ce potentiel. C’est pourquoi ces propositions de réponses sont considérées comme de puissants mécanismes pour l’atteinte des objectifs de cadres politiques multiples tels que l’Agenda 2030 de développement durable ou l’Accord Kunming-Montréal moins directement reliés au Nexus. En effet, chaque catégorie soutient entre 7 et 12 Objectifs de développement durable, entre 9 et 19 cibles du GBF Kunming-Montréal, et les objectifs à long terme d’atténuation et d’adaptation de l’Accord de Paris.

Décryptage du dernier rapport de l’IPBES : Le rapport d’évaluation Nexus appelle à une action intégrée face aux 5 crises mondiales.

Contribution des options de réponses aux cadres politiques mondiaux

L’IPBES revendique la nécessité de passer à des « approches de gouvernance Nexus » plus intégrées, inclusives, équitables, coordonnées et adaptatives.

Le rapport propose une feuille de route à destination des décideurs publics et des parties prenantes. Nos gouvernances actuelles n’étant pas assez réactives face aux défis environnementaux, il est donc nécessaire d’adopter une vision systémique et intégrée du Nexus, essentielle à l’atteinte d’un avenir juste et durable. L’IPBES insiste sur l’intégration des peuples autochtones et des communautés locales dans la conception, la gouvernance et la mise en œuvre de ces solutions, leurs savoirs étant reconnus comme cruciaux pour l’action climatique et la gestion durable des ressources.

Ce rapport souligne l’interdépendance des écosystèmes et l’importance d’une approche globale qui intègre à la fois le climat, la biodiversité et l’ensemble des services rendus par la nature. Cette vision s’aligne avec la stratégie Nature de SE Advisory Services, qui accompagne ses clients vers des solutions intégrées, en cohérence avec les cadres internationaux tels que la TNFD ou la CSRD.




[1] Nexus : lien entre deux ou plusieurs éléments, secteurs ou systèmes

[2] Cadre mondial pour la biodiversité adopté en 2022 lors de la COP 15. Ils visent notamment à protéger 30 % des terres et des océans d’ici 2030, réduire les pollutions et restaurer les écosystèmes dégradés, tout en mobilisant des financements pour la préservation de la nature.

[3] Les financements additionnels requis pour sauvegarder la biodiversité sont estimés entre 300 et 1 000 milliards de dollars annuellement ; en ce qui concerne les autres composantes du nexus, ces besoins atteignent 4 000 milliards de dollars par an.

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