COP 30 : ce qu’il faut retenir pour les entreprises après une conférence marquée par un déficit d’ambition

Découvrez les avancées de la COP 30, les implications de la décision "Mutirão" pour vos obligations de reporting, l'accélération vers des crédits haute intégrité et les prochaines étapes pour intégrer l'IA et la biodiversité dans votre stratégie climat.

Magdalena Mazurek, Emilie Alberola

25 nov 2025 14 minutes de lecture

La 30ème conférence mondiale pour le climat (COP 30) de Belém (Brésil) s’est conclue dans un climat de déception et de frustration diplomatique le samedi 22 novembre 2025, avec un accord minimaliste. Les délégations de 194 pays ont validé de justesse une hausse des efforts financiers en faveur de l’adaptation au changement climatique, mais ont échoué non seulement à établir une feuille de route contraignante de sortie des énergies fossiles, mais aussi à rehausser les ambitions d‘atténuation.

Organisée pour la première fois aux portes de l’Amazonie – écosystème vital pour 50 millions de personnes et plus de 400 communautés autochtones – elle portait une symbolique forte et l’espoir d’un moment de mobilisation dix ans après l’Accord de Paris. Présentée comme une COP « de la vérité » par la présidence brésilienne, elle s’est retrouvée jusqu’aux dernières heures dans l’impasse diplomatique, avant qu’un accord ne soit finalement trouvé, préservant ainsi le processus multilatéral des COP. Malgré les tensions, certains résultats positifs ont émergé et une volonté claire de progresser dans les mois et années à venir s’est affirmée.

Déficit d’ambition climatique dans un paysage géopolitique fragmenté

Dans un contexte géopolitique international où les priorités nationales se concentrent sur l’énergie, les matières premières, la sécurité et la souveraineté économique, les négociateurs climatiques ont adopté in extremis la « décision Mutirão », évitant l’échec diplomatique sans pour autant combler le déficit d’ambition qui a dominé l’ensemble de la conférence.

La COP 30 est la première depuis 1995 à se dérouler sans délégation américaine, conséquence du retrait de l’Accord de Paris. Cette absence affaiblit l’équilibre traditionnel des négociations et a contribué à l’isolement de l’Union européenne. Plusieurs observateurs décrivent une « COP des BRICS », où le leadership diplomatique a évolué au détriment des alliances habituelles, obligeant l’Union européenne à repenser son positionnement multilatéral et ses coalitions.

Timothée Macé Dubois, Head of Sustainability Advocacy & Institutional Affairs, Schneider Electric.
Timothée Macé Dubois, Head of Sustainability Advocacy & Institutional Affairs, Schneider Electric.

Un accord final sans ambition sur l’atténuation et la sortie des énergies fossiles

La « décision Mutirão », largement critiquée, n’apporte aucune avancée contraignante sur la réduction des émissions. Malgré l’intense mobilisation de l’Union européenne, de la Colombie ou du Panama, la version finale ne mentionne pas les combustibles fossiles, et se limite à rappeler le « Consensus de Dubaï » sans en réitérer les engagements clés.

Alors que le premier Global Stocktake, adopté à la COP 28 (2023), avait identifié des écarts majeurs à l’objectif de 1,5 °C de réchauffement planétaire par rapport à l’ère préindustrielle, deux ans plus tard, à la COP 30, la situation s’est aggravée : la trajectoire des contributions actuelles des pays dites « National Determined Contributions – NDC » ne permet qu’une réduction de 17 % des émissions mondiales d’ici à 2035, très loin des 55 % à 60 % requis pour rester alignés sur l’objectif de 1,5 °C de Paris. La COP 30 confirme un paysage mondial en décalage avec le niveau d’ambition et d’action requis.

Ce manque d’ambition s’est aussi traduit par l’absence d’avancées substantielles concernant la sortie des énergies fossiles, la lutte contre la déforestation et l’adaptation au changement climatique, thèmes pourtant au cœur des attentes internationales. La feuille de route sur la sortie des énergies fossiles, soutenue par plus de 80 pays, n’a finalement pas intégré la décision, en raison des positions inflexibles de plusieurs grands producteurs (Arabie saoudite, Russie, Iran). Elle devra être travaillée en dehors du cadre formel de la décision finale.

Adaptation : une hausse du financement actée mais repoussé à l’échéance 2035

La COP 30 a mis en lumière un décalage persistant entre les besoins de financement et les moyens mis sur la table. Elle a réaffirmé l’objectif de tripler les financements dédiés à l’adaptation, de 40 Md$ à 120 Md$, mais en repoussant l’échéance à 2035, de manière alignée sur le nouvel objectif financier global adopté l’an dernier en matière de financement climat (NCQG) de 1 300 Md$ par an d’ici à 2035.

La cohérence entre atténuation et adaptation a été largement rappelée, sans parvenir à un effet opérationnel : sans une accélération de la baisse des émissions de GES, les besoins d’adaptation augmenteront mécaniquement.

L’un des objectifs clés de la COP 30 était de parvenir à un consensus sur les indicateurs permettant de mesurer les progrès mondiaux en matière d’adaptation. Cinquante-neuf indicateurs ont été adoptés, couvrant le financement, le transfert de technologies, le renforcement des compétences et les politiques sensibles au genre. Si les indicateurs de suivi de l’adaptation ont été rationalisés, leur mise en œuvre reste à préciser, avec des ajustements possibles d’ici à 2027, et la question essentielle — qui finance, combien et selon quel calendrier — reste largement ouverte.

COP 30 : ce qu'il faut retenir pour les entreprises après une conférence marquée par un déficit d'ambition
Arthur Wong, Vice-President Marketing & Sustainability, Schneider Electric

Forêts et écosystèmes naturels : entre avancées symboliques et attentes déçues

La COP 30, première « COP amazonienne », a placé la nature au centre de l’action climatique, rappelant que la santé des écosystèmes est un socle de résilience sociale, économique et environnementale. Elle a marqué un tournant avec la création du Tropical Forests Forever Facility (TFFF), mécanisme destiné à mobiliser massivement des capitaux privés pour la protection et la restauration des forêts tropicales humides. L’initiative a reçu le soutien de 53 pays et de 19 investisseurs souverains pour un engagement initial de 6,7 milliards de dollars, avec un potentiel de bénéfice pour 74 pays. Ce mécanisme traduit une ambition de financer la nature de manière coordonnée et à grande échelle.

La COP a également mis en avant la nécessité de passer de la conservation forestière à une approche intégrée, incluant mangroves, récifs coralliens, zones humides et arbres urbains, avec un accent sur les solutions fondées sur la nature. Le lancement du Blue Package, plan visant à accélérer les solutions climatiques océaniques, renforce cette approche en intégrant la restauration des mangroves et la protection des récifs coralliens.

Si l’annonce du TFFF, doté de 6,7 Md$ d’engagements initiaux sur un objectif de 125 Md$, reste l’une des initiatives structurantes faisant de la nature un pilier de la transition, les décisions finales n’ont pas été à la hauteur des attentes suscitées par l’organisation de la COP en Amazonie.

En particulier, la déforestation n’est évoquée qu’en préambule de l’accord final, sans engagement opérationnel. En réponse aux tensions croissantes, le président de la COP a néanmoins annoncé la création d’une seconde feuille de route dédiée à la lutte contre la déforestation, complémentaire de celle consacrée à la sortie des énergies fossiles.

Défi de la transparence : la lutte contre la désinformation climatique est à poursuivre

Treize pays (parmi lesquels la France, l’Espagne, la Finlande, le Brésil, le Canada…) ont signé une « déclaration sur l’intégrité de l’information relative au changement climatique », qui vise à établir des engagements communs et de haut niveau pour combattre la désinformation et promouvoir une « information fiable, fondée sur la science, sur les enjeux climatiques ». Cependant, des tensions autour du manque de transparence ont révélé la fragilité du processus diplomatique.

Commerce mondial : place inédite à l’agenda des négociations

Les questions de restriction au commerce international ont pris une importance inédite à la COP 30, avec notamment les mesures commerciales unilatérales telles que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne – MACF (CBAM) devenant un « objet de négociations » entre les pays en développement et l’UE. Longtemps porté par la France, le MACF a été adopté en 2023 via le règlement (UE) 2023/956, dans le cadre du paquet « Fit for 55 », sous présidence française du Conseil de l’UE. Il doit désormais entrer en vigueur le 1er janvier 2026. Finalement, les tensions autour du CBAM européen ont conduit à un simple « dialogue » pluriannuel, sans mécanisme dédié.

Marchés carbone : des avancées en faveur de l’intégrité et de l’harmonisation  

La COP 30 confirme la dynamique de transformation des marchés carbone. Côté conformité, le lancement de la Coalition ouverte sur les marchés du carbone de conformité, réunissant la Chine, le Canada, le Mexique, le Royaume-Uni, les membres de l’UE et d’autres, et de la feuille de route brésilienne vers un système d’échange de quotas d’émissions (ETS) intégrant les solutions fondées sur la nature, témoignent d’une volonté d’harmonisation. Côté volontaire, l’offre de crédits haute intégrité continue de se structurer autour de standards reconnus (ICROA, IC VCM), portée par des pays comme l’Indonésie, le Kenya ou Singapour.

S’y ajoutent des décisions dans le cadre des négociations de l’article 6 sur les mécanismes de coopération avec le transfert de 26,8 M$ du Clean Development Mechanism vers le nouveau mécanisme de l’Accord de Paris (Article 6.4) pour la gestion du programme, complété par 5 M$ pour renforcer les capacités des pays en développement ; la confirmation de la fin de l’ère Kyoto avec le retrait des anciens crédits d’ici à 2026 au profit du Paris Agreement Crediting Mechanism (PACM) ; l’adoption de standards minimaux pour la permanence et la gestion des risques, même si les débats sur les méthodologies pour les projets fondés sur la nature sont reportés à 2026.

Pour les entreprises, ces avancées soutiennent leur engagement dans l’élaboration de stratégies de contribution carbone robustes, en cohérence avec les normes reconnues.

Vers une transition juste : un plan d’action en faveur de la santé

La transition juste a été centrale pour de nombreux pays du Sud et la société civile. Malgré de fortes attentes, elle n’a débouché sur aucun plan d’action concret, avec toutefois une avancée majeure : les pays se sont entendus pour développer un « mécanisme de transition juste ». Une autre avancée notable était le Belém Action Plan for Health, la première initiative mondiale lancée avec 300 millions de dollars apportés par 35 organisations philanthropiques.

Gilles Vermot Desroches, Chief Corporate Citizenship Officer and Institutional Affairs Senior Vice-President, Schneider Electric with Karolina Gutiez, South America Senior Manager – Communications, Corporate/Government Affairs, Sustainability, Schneider Electric.
Gilles Vermot Desroches, Chief Corporate Citizenship Officer and Institutional Affairs Senior Vice-President, Schneider Electric with Karolina Gutiez, South America Senior Manager – Communications, Corporate/Government Affairs, Sustainability, Schneider Electric.

IA et climat : l’émergence d’un standard opérationnel

Le lancement de l’AI Climate Institute (AICI) confirme la place importante de l’IA dans les politiques climat pour accélérer la mise en œuvre d’actions. La mesure automatisée, la modélisation avancée des risques et le pilotage multi-indicateurs deviennent des leviers de mise en œuvre indispensables. Les entreprises les plus avancées adoptent désormais une approche « AI-native » qui accélère l’intégration des exigences ESG et climat. Pour SE Advisory Services et ses clients, l’IA constitue un amplificateur de l’action en automatisant les analyses de données les plus complexes tout en laissant aux experts humains le soin des décisions stratégiques, et la clé pour un déploiement à grande échelle réside dans le concept de « frugal AI » : une discipline qui privilégie l’efficacité, avec des modèles plus petits et ciblés plutôt que des systèmes généralistes, l’edge computing plutôt que le cloud lorsque c’est possible, et une optimisation continue de l’efficacité des modèles.

Transition climatique des entreprises : plus stratégique et technologique, moins normative

La COP 30 marque un tournant : elle clarifie des tendances structurantes pour les entreprises. Le climat n’est plus seulement un enjeu moral ou réglementaire, il devient un impératif économique indissociable de trois priorités stratégiques : la compétitivité (sécuriser l’accès à l’énergie, réduire les coûts, etc.), la résilience (protéger les chaînes de valeur face aux risques physiques et géopolitiques) et la souveraineté (garantir l’autonomie technologique et énergétique dans un contexte de fragmentation mondiale).

Pour les entreprises françaises et européennes, cela signifie passer d’une logique de conformité à une logique d’opportunité : pour investir dans les technologies bas-carbone avec un avantage concurrentiel, pour intégrer la transition climatique dans la stratégie industrielle et commerciale, pour nouer de nouvelles alliances stratégiques et technologiques afin de peser dans un monde où le climat reste un facteur de puissance. Les organisations qui réussissent aujourd’hui sont celles qui intègrent d’ores et déjà l’enjeu de la décarbonation, de l’adaptation et de la résilience au cœur de leur stratégie. Ce sont celles qui définissent des plans de décarbonation, qui intègrent des scénarios de transition, qui réduisent leur dépendance aux énergies fossiles via une optimisation de leur efficacité énergétique et leur électrification indépendamment de la volatilité des politiques publiques, et qui repensent la résilience de leurs chaînes de valeur aux aléas climatiques et aux autres risques opérationnels liés à la transition climatique.

Dans le contexte où cette COP 30 dite de la mise en œuvre renvoie la responsabilité à chaque pays et chaque région, la contrainte pour les entreprises continuera à venir majoritairement des réglementations nationales et européennes (taxonomies, reporting extra-financier, CSRD) et de leurs parties prenantes, plutôt que d’un cadre international multilatéral structuré, qui peine à générer des engagements fermes et immédiats, malgré l’urgence de l’action climatique.

Alors que l’écart entre l’urgence scientifique et les engagements politiques se creuse, les entreprises doivent maintenir leur engagement volontaire en alignant leurs trajectoires de réduction d’émissions de GES sur l’objectif de 1,5 °C. La dynamique des initiatives et des cadres volontaires portés par le secteur privé lors de cette COP 30, des coalitions d’ONG et du monde académique confirme le rôle majeur de ces alliances au service de la mise en œuvre concrète de la transition des territoires, des entreprises et de leur secteur économique vers un modèle plus durable, résilient et compétitif.

Dans ce contexte de peu d’avancées politiques multilatérales ou nationales, l’action des entreprises doit se poursuivre en s’appuyant sur les cadres volontaires, normatifs et techniques robustes comme le cadre Science Based-Target pour construire des trajectoires de décarbonation alignées sur la science et la norme volontaire ISO 17298 (2025) pour l’évaluation des impacts et des risques biodiversité, ou encore le Global Biodiversity Framework alignés sur la TNFD et les standards ISO 14001 et 26000. Ces outils offrent aux entreprises des moyens concrets pour hiérarchiser leurs impacts, mesurer leurs risques et saisir les opportunités liées à la nature, en intégrant systématiquement la biodiversité dans leurs stratégies climat et ESG.

La prochaine COP 31 sera organisée en Turquie à Antalya et présidée par l’Australie en novembre 2026.

Sources :

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