Accord historique sur un cadre mondial pour la biodiversité : le décryptage de nos experts présents à la COP 15

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La COP 15 sur la biodiversité s’est achevée lundi 19 décembre et s’est conclue dans les meilleures circonstances grâce à l’accord quasi inespéré adopté par 196 Etats pour enrayer la perte de biodiversité d’ici à 2030.

Nos analystes d’EcoAct Amérique du Nord, Carina Suleiman et Oliver Bassel, ont pu assister au Sommet mondial de la biodiversité qui s’est tenu parallèlement à la COP 15 et qui a réuni près de 300 représentants du monde entier pour échanger sur les impacts du changement climatique sur la biodiversité et les implications de ce nouveau cadre mondial. Carina et Oliver nous font part des principales conclusions de ce sommet et de ce que ce nouveau cadre signifie pour la biodiversité.

COP15

Quelles sont les principales avancées de la COP 15 ?

L’objectif de la COP 15 était de convenir d’un cadre mondial pour la biodiversité, faisant état de référence pour la préservation des écosystèmes à travers le monde. Comme nous l’avons mentionné dans notre article précédent sur la COP, les enjeux étaient de taille, mais il n’y avait que peu d’espoir quant aux résultats. Cependant, après deux semaines d’intenses négociations, un cadre a finalement été signé par les 196 parties, dont la France : l’Accord de Kunming-Montréal.

Ce nouveau cadre comprend 4 objectifs répartis en 23 cibles dont la plus attendue : la protection de 30 % des terres et des océans d’ici à 2030 (aujourd’hui, seulement 17 % des terres et 8 % des mers sont protégées).

Parmi les autres avancées principales, on retrouve entre autres la volonté de transformer les activités néfastes pour la nature, telles que :

  • La réduction de 50 % des risques liés aux pesticides et aux produits dangereux d’ici à 2030 ;
  • La prévention et la réduction de la pollution plastique ;
  • La diminution de 50 % des espèces envahissantes ;
  • La démocratisation des pratiques d’agroécologie ;
  • L’encouragement au reporting de l’impact de ces activités sur la biodiversité.

Les Etats ont également pris l’engagement de doubler les financements internationaux pour passer de 100 à 200 milliards de dollars et notamment d’octroyer un financement à hauteur de 30 milliards de dollars d’ici à 2030 pour soutenir les pays du Sud dans leur transition. Les pays développés se sont opposés à la création d’un Fonds dédié à la biodiversité, ce financement sera donc géré par le Fonds pour l’environnement mondial dès 2023.

En parallèle, les Etats du Nord ont pris l’engagement d’éliminer ou de réorienter d’ici à 2030 au moins 500 milliards de dollars de dépenses publiques dommageables à la biodiversité.

Cet accord sur la biodiversité, semblable mais moins ambitieux que l’Accord de Paris sur le climat, est une réelle avancée pour la protection des écosystèmes. En revanche, il reste de nombreuses questions en suspens et un manque de vision commune à l’origine d’un scepticisme du côté des défenseurs de l’environnement.

Nos experts sur le terrain, Oliver Bassel et Carina Suleiman nous ont décrypté les enjeux pour chaque acteur.

 

Le but du Sommet mondial de la biodiversité : donner des recommandations aux délégués de la COP 15

COP 15 sommet international biodiversité
Carina Suleiman et Oliver Bassel, analystes chez EcoAct Europe du Nord lors du Sommet mondial sur la biodiversité

Le Sommet mondial de la biodiversité (World Biodiversity Summit) avait pour objectif de rassembler une variété de participants de tous horizons pour faire remonter les points essentiels à aborder lors des négociations de la COP. Grandes et petites entreprises, décideurs politiques, universitaires et dirigeants autochtones se sont rencontrés pour discuter des impacts du changement climatique sur la biodiversité et des implications du Cadre mondial pour la biodiversité post-2020.

Pour Oliver et Carina, il était clair que l’accent était mis collectivement sur l’urgence et la nécessité d’un résultat tangible (c’est-à-dire d’un cadre ou d’un accord), ainsi que sur des objectifs concrets et une feuille de route globale pour la protection de la biodiversité. Le reporting obligatoire de l’impact des organisations sur la biodiversité a également été mis sur la table. Certains pays, comme le Canada par exemple, obligent déjà certaines entreprises à rendre publiques ces informations via la Taskforce on Nature-related Financial Disclosures (TNFD).

Grâce à une combinaison de tables rondes, de débats et de conférences, les participants ont abordé de nombreux sujets clés tels que l’économie circulaire, l’agriculture régénérative, l’accès équitable aux solutions en matière de biodiversité ou encore la gestion durable des forêts.

À l’issue de ce sommet, il était clair que les acteurs privés attendaient des gouvernements des mesures ambitieuses avant qu’il ne soit trop tard.

Même si le nouveau cadre n’est pas parfait, il s’agit d’une avancée historique et essentielle pour protéger notre planète.

 

La COP 15 montre finalement la voie avec l’Accord de Kunming-Montréal : quelles répercussions doit-on attendre pour les entreprises ?

A contrario d’une décevante COP 27 sur le climat, la COP 15 a su relever l’ambition et donner une feuille de route internationale claire pour enrayer le déclin de la biodiversité d’ici à 2030.

Même si les objectifs définis pour la décennie précédente via l’Accord d’Aichi (Japon) n’ont pas été atteints, les conversations environnantes, comme celles qui ont eu lieu lors du Sommet mondial de la biodiversité, ont été cruciales pour influencer fortement les décisions et ainsi définir de nouveaux objectifs alignés qui puissent être mis en place à l’échelle des organisations, comme le plaidaient certains acteurs économiques.

Deux éléments sont toutefois très attendus pour permettre à chaque État de s’aligner sur ce cadre :

  • Le mécanisme de planification et de suivi qui regrouperait notamment les plans nationaux établis grâce à ce nouveau cadre d’ici à la COP 16 de 2024 et permettrait un suivi via des rapports nationaux et des bilans collectifs lors des prochaines COP.
  • Le cadre de suivi qui proposerait une liste d’indicateurs de référence à utiliser pour évaluer l’avancée de chaque objectif du cadre. D’ici à la COP 16, un groupe d’experts techniques va travailler sur ces indicateurs afin d’opérationnaliser au plus vite les éléments du cadre.

Concernant le reporting sur la biodiversité, il n’est pour l’heure pas obligatoire en France mais de nombreux cadres volontaires internationaux incluent déjà ces questions dans les informations requises (CDP en 2023, TNFD, etc.). La France a d’ailleurs défendu cette mesure dans les pré-négociations de la COP pour la rendre obligatoire. Pour atteindre les nouveaux objectifs fixés par l’Accord de Kunming-Montréal, la tendance serait donc au reporting obligatoire dans les mois qui viennent et les entreprises doivent s’y préparer dès maintenant.

 

En tant qu’acteur de la lutte pour le changement climatique et la protection de la biodiversité, EcoAct est soulagé de voir ce cadre signé. Attendu depuis 4 ans, nous pensons qu’il est nécessaire pour fournir une trajectoire commune afin de restaurer la biodiversité et combattre le changement climatique. Cependant, le travail ne fait que commencer. Il est maintenant temps de mettre en œuvre ces changements au sein des gouvernements nationaux, collectivités locales, acteurs publics et des acteurs économiques pour atteindre ces objectifs. Nous ne manquerons pas de vous informer sur les progrès et les actualités autour des cadres volontaires et réglementaires dans la lutte contre l’érosion de la biodiversité.

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